| Lettres d'acceptation de François Truffaut à l'Éditeur |
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| Cher Monsieur Sinclair Dumontais, Je reçois votre courrier avec plaisir. Je serais très heureux de participer à votre projet. En temps normal, j'aurais à vrai dire refusé, la préparation d'un film exigeant une discipline qui ne doit pas laisser de temps pour le reste. Mais depuis quelques mois mon corps se fait la malle, et je n'ai plus la force de faire la seule chose que j'aime pourtant vraiment faire au monde (professionnellement parlant en tout cas). Pour l'instant, je n'ai pour m'occuper quand je trouve un peu de force que mes chers livres, et puis l'écriture, belle maîtresse peu fidèle, que j'avais gardée un peu à distance jusqu'ici. J'essaye donc de faire retour sur moi-même, peut-être aussi par peur de la maladie, même si mes amis font de leur mieux pour me rassurer. Figurez-vous que j'ai commencé à travailler à une autobiographie! Avec mon ami Claude de Givray, nous avons même commencé il y a quelque temps une série d'entretiens qui ne sont pas sans me rappeler le bon vieux temps, il y a déjà plus de vingt ans, où c'était moi qui posais des questions à Sir Alfred Hitchcock. Je reste un peu fatigué, surtout depuis mon tout récent déménagement. Mais je compte profiter des semaines à venir pour écrire, avancer mes autres projets, et discuter, surtout de cinéma, à défaut d'en faire! Dialogus tombe donc à pic. Après tout, tant que nous sommes vivants, notre devoir est de parler, d'échanger, d'aller au bout de nous-mêmes et de ce que nous croyons. Je compte même profiter de cette opportunité, si vous n'y voyez pas d'inconvénients, pour reprendre le dialogue avec Hitch là où nous avions dû l'arrêter, puisque ce cher Sir Alfred compte parmi vos membres. Je n'ai en effet jamais pu interviewer le maître en bonne et due forme sur ses derniers films, et je ne regarde jamais la dernière réédition du «Hitchbook», comme l'appellent les Américains, sans une pointe de regret. Je me tiens donc à la disposition de vos correspondants, et j'espère que malgré la maladie je saurai leur communiquer l'envie de faire des films- cette étrange chose, la plus belle du monde, et qui rend tellement heureux. Cordialement, François Truffaut, Paris, juillet 1984. |