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Cher Monsieur Trenet,
C'est avec grand plaisir que j'écris au plus grand chanteur de la
chanson française de son époque.
C'est aussi avec une certaine surprise que j'ai appris que vous êtes
homosexuel.
Comment avez-vous réchappé à l'Occupation?
Si j'en crois les récits de déportés, les homosexuels étaient déportés
par les nazis en camps de concentration et exterminés.
Aviez-vous le bénéfice de certaines protections ou étiez-vous assez
discret à l'époque pour échapper aux rafles?
Peut-être les lois vichystes étaient différentes en France?
Éclairez-moi, s'il vous plaît.
Amicalement GL
Cher GL,
Est-ce cher Gérard ou chère Lison? Il y a quand même une différence,
non?
Disons que durant l'Occupation, on ne s'est pas trop occupé de moi, car
je n'ai rien fait pour attirer l'attention de ce que j'appellerai nos
distingués invités... Les nazis ont cherché à exterminer tout ce qui les
inquiétait ou leur faisait peur. Je soupçonne un peu de désir refoulé
dans tout ça.
De toute façon, je vous invite à fredonner N'y pense pas trop, tout
est là.
Affectueusement, qu'il s'agisse de Gérard ou de Lison.
Charles Trenet
Cher Monsieur Trenet,
Mon nom est Gérard, si ça peut satisfaire votre curiosité.
Je vous remercie pour vos informations. On peut dire que vous avez eu
beaucoup de chance avec ces tueurs! Surtout que ces derniers devaient
vous surveiller de près, vous, un chanteur populaire!
Amicalement,
GL
Cher Gérard,
Vous savez, la plupart de ces jeunes Allemands auraient préféré rester
chez eux à faire Dieu sait quoi. Quant aux SS, ils n'étaient pas très
visibles, sauf quand, bien sûr, ils revêtaient leur superbe uniforme
noir que j'ai vu plus souvent dans des films que dans la rue.
Il m'est arrivé de tomber sous le charme de plusieurs de ces jeunes
garçons. Il faut croire que je ne suis pas tombé au point de tomber dans
un piège...
Charles Trenet
Cher Monsieur Trenet,
Vous êtes bien indulgent envers ces canailles qui ont saigné l'Europe
comme on saigne un cochon, et les SS étaient bien présents pour leurs
victimes, surtout celles qu'ils traitaient dans leurs camps de la mort.
Enfin, je vous remercie pour ces informations.
Amicalement,
G. Lison |