La douleur
       
       
         
         

Transy@club.lemonde.fr

      Maître,

Comme le général de Gaulle s'adressant à Louis de Funès, je vous impose ce mot qui ne saurait être l'exclusive des gens de basoche, mais auquel ont droit tous les plus grands dans leur art: que le petit Jean Lefebvre d'Ormesson se le tienne pour dit, lui qui vous ferma la porte du quai Conti.

Voici ma question: dans Douce France, vous dîtes aimer notre pays: «...dans la joie ou la douleur.» Comme vous composâtes cette touchante chanson durant l'Occupation, avais-je raison de croire alors, comme mes amis du réseau de résistants Caves et Châteaux, que la douleur faisait référence à la présence chez nous de ces soldats blonds et plutôt corrects. Vous avez toujours refusé d'être explicite à ce sujet, ce qui aurait pu vous éviter bien des ignonimies lors de la Libération. Ayant dû en héberger quelques-uns dans notre maison du Bas-Poitou, je dois à la vérité de dire qu'ils me furent cause de joie et de douleur.

Votre très admiratif,

Transy d'Effroy

 

       
         

Charles Trenet

      Monsieur Transy d'Effroy,

Votre prose me fait penser à ce bon Surgy du Passey, à moins que ce ne soit cet horrible Cribbley de Dethes. Quel que soit celui qui m'écrit, qu'il sache que je n'ai jamais rien compris à la politique. Le printemps et l'été 1940 furent si beaux que leur souvenir a toujours suscité en moi un je-ne-sais-quoi de joyeux et de douloureux à la fois. Quant aux soldats allemands, s'ils furent presque toujours corrects avec moi, je ne puis affirmer qu'ils étaient tous blonds!

Charles