Nadine Benz
écrit à
John Ronald Reuel Tolkien
| Dear Sir, Thank you for everything, for every line you wrote, for every wonderful dream you gave us! Je me permets juste une question plus intime (si cela vous ennuie d'y répondre, n'hésitez pas à me le dire): j'ai cru comprendre que vous aviez bien connu Clive Staples Lewis. J'aimerais dans ce cas connaître un peu mieux vos échanges d'écrivains, si vous avez eu des débats à propos de Shakespeare, si vous vous êtes stimulés l'un l'autre, à force de discussions, concernant l'écriture de vos romans respectifs... ou si c'est seulement ce que les «fans» ont rêvé? Merci à vous, P.S. (Après avoir parcouru vos autres courriers sur ce site): OUI, la Lorien existe, non pas en une seule forêt, mais en reflet, dans toutes les branches, dans les sentiers, les couleurs... à chaque fois un fragment est présent pour qui cherche à voir. La magie n'a pas encore totalement déserté les Terres du Milieu.) Sincerely yours, Nadine Benz Chère Nadine, Sachez que sans Lewis, «The Lord of the Rings» n'aurait pas vu le jour. Voilà l'étendue de l'influence de mon ami, de nos discussions, de nos débats. Nous avons bien entendu fait tout ce à quoi vous vous référez dans votre lettre. Nous avons d'ailleurs tenu pendant plusieurs années un groupe de discussion littéraire, les Inklings, plein de camaraderie et de collaboration, mais aussi de critique et de discussions sérieuses. Il ne faut pas dire que Lewis et moi nous nous entendions sur tout, au contraire. Il m'apostrophait de mon surnom, Tollers, avec sa voix tonitruante que j'ai donnée à Treebeard (Fangorn) dans «The Lord of the Rings»; il me lançait un défi et j'y répondais quand je le pouvais. Un jour, nous avons décidé de donner à la science-fiction quelque chose qui correspondait à notre conception du genre. Nous étions convenu qu'il travaillerait sur un voyage spatial et que j'écrirais un voyage temporel. Son effort est devenu le célèbre «Out of a Silent Planet»; le mien a fini dans les tiroirs, inachevé. À mon arrivée à Oxford il avait l'habitude de dire que les philologues étaient parmi les pires gens au monde. Je tombais mal, on pourrait dire! Mais nous avons parfaitement réussi à épouser nos différences au profit d'une amitié de longue durée qui me manque depuis sa mort -et même avant. Sincerely, JRRT |