Chloé
écrit à

   


John R. R. Tolkien

     

 

Pourquoi ne meurent-ils pas?

    Nantes, le 18 janvier

Cher Monsieur Tolkien,

Je suis une grande fan de votre oeuvre, j'ai adoré le film adapté du livre.

Mais pourquoi est-ce que les personnages ne meurent pas à la fin, ce serait plus crédible...! Est-ce que vous avez écrit une suite qui raconterait ce que devient la Terre du Milieu? Et que devient Gandalf, puisqu'il a accompli sa mission?

La fin aurait dû être un peu moins «tout est bien qui finit bien»… Et Gollum aurait dû tuer Frodon, ça aurait été plus marrant…! Autrement, c'est un livre super! Dommage que vous ne puissiez pas écrire une suite…

Recevez l'expression de mes sentiments distingués,

Chloé
 

Chère Chloé,

Permettez-moi d'être en désaccord avec vous sur la nécessité de faire mourir un personnage à la fin. S'agit-il d'une influence pernicieuse des «grands» tragédiens comme Shakespeare? Mon opinion est qu'un personnage n'a pas à mourir pour, d'une part, être plus crédible, et d'autre part, pour perdre. Je remarque avec votre lettre que vous n'avez pas totalement compris la fin du livre. Je vous invite à réfléchir sur Frodo, son retour, ses blessures et ce qu'il a réellement fait. Frodo, un vainqueur? N'en croyez pas immédiatement ses confrères, qui par ailleurs ont tout de même tout à fait raison de le louanger. Le plus grand malheur de Frodo est justement ce sentiment d'avoir failli à la tâche, de ne pas avoir rempli sa mission. Ce fut ma façon toute personnelle de montrer qu'une vraie Victoire ne peut jamais être savourée égoïstement pour soi-même. Tuer Frodo m'aurait donc enlevé la possibilité de faire de la sorte - et je ne cherche pas à être «marrant», car cet adjectif ne correspond pas du tout à ce que j'ai voulu faire de mon livre (qui, par ailleurs, comporte certains éléments humoristiques, particulièrement chez les Hobbits, mais tout cela est beaucoup plus subtil).

Vous savez que Gandalf quitte Middle-Earth avec Frodo, Bilbo, Elrond et Galadriel à la fin du Troisième Âge. Je ne sais pas ce qu'il advient de lui, ni des autres. J'ai déjà essayé d'écrire une suite, puisqu'on me l'avait demandé, mais j'ai abandonné assez rapidement. Je n'avais plus rien à dire!

Sincerely,

J. R. R. T.