Livre de chevet |
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| Mr Tolkien, Que vous dire qui ne l'ait déjà été 1000 fois??? Après mes années lycée, j'avais abandonné la lecture; sans rien savoir de vous ni de votre oeuvre, des années plus tard, j'ai repris un livre, le premier tome du Seigneur des anneaux! Quel choc!!! J'ai voulu lire la suite le plus vite possible, puis j'ai dévoré Bilbo et enfin je me suis procuré tout ce que j'ai pu trouver en français! L'univers que vous décrivez est tellement fantastique que j'ai relu 3 fois la trilogie du Seigneur des anneaux!!! Je vous avoue que Gandalf est mon personnage préféré. Voilà pour les compliments. Ma question est la suivante: Tout cet univers est sorti de votre esprit? La source en est-elle la mythologie scandinave? Et combien d'années de votre vie pour rêver et mettre en ordre l'histoire entière d'un univers si magique? Merci, Philippe |
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| My dear Philippe, Le retard pour cette réponse est tout sauf pardonnable. Je croule sous les exigences professionnelles et, hélas, le poids de la vieillesse. J'espère profondément que vous accepterez ma courte réponse, humble mais honnête gage de mon respect et de ma reconnaissance pour vos compliments. Gandalf est votre personnage préféré. Je vais vous avouer que je ne le déteste pas non plus, et plusieurs m'ont fait part d'une opinion semblable à la vôtre. Or, je crois que, personnellement, mon favori est Faramir, spécialement parce que c'est sans doute lui auquel je ressemble le plus -courage en moins. Il existe beaucoup d'éléments germaniques dans mon univers imaginé: les noms des nains dans The Hobbit, par exemple, sont scandinaves; la langue des Rohirrim est une version légèrement altérée de l'anglo-saxon. Cependant, il ne s'agit pas tellement d'une «inspiration»; ce mot me semble trop fort. Si vous avez lu mon essai sur les contes de fées (On Fairy Stories), je reprendrais ma métaphore du ragoût. J'ai pris des ingrédients, ici et là, pour les incorporer à mon travail, parce que je les connais. Tout comme je dirais que Middle Earth n'est pas l'Europe, mais qu'elle y ressemble pour la même raison: c'est en Europe que je vis, et c'est ce coin du monde que je connais le mieux. Dans le cas de la langue des Rohirrim, j'ai été un peu plus loin, cependant. Étant donné que je me place du point de vue de celui qui traduit la langue hobbite en anglais, pour bien illustrer la parenté que certains suspectent entre certains mots que les hobbits ont conservés avant d'adopter le Westron et la langue des Rohirrim, j'ai choisi pour cette dernière l'anglo-saxon, c'est-à-dire la forme que l'anglais revêtait principalement avant l'invasion normande. Mathom, par exemple, signifie «trésor» en anglo-saxon. Quant aux nombres d'années, je ne les compte plus. Quatorze années se sont écoulées entre les premiers mots de ce qui est devenu The Lord of the Rings et sa publication. Mais ma mythologie est le travail de toute ma vie. J'avais autour de vingt-et-un lorsque j'ai écrit mes premières esquisses, lorsque j'ai décidé d'ajouter un monde à mes langues elfiques (ce n'est pas l'inverse qui s'est produit), qu'à l'époque j'appelais Gnomes. Les choses ont énormément changé depuis, et ce serait trop long et ennuyeux pour vous. Surtout que rien n'est en ordre, et je peine à penser que je devrai faire ce travail. Yours sincerely, J.R.R. Tolkien |