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Bonjour Monsieur Tolkien,
Je suis surprise de voir que vous n'aimez pas l'adaptation
cinématographique de votre oeuvre. Je trouve que c'est une
réussite. Cela m'a poussé à reprendre la lecture
de vos livres que j'avais abandonnés (ne m'en veuillez pas, mais
c'est ainsi...) J'ai trouvé que la plupart des personnages
étaient bien représentés, et que le film
était assez fidèle aux livres.
Évidemment, je ne sais comment ils étaient dans votre
imaginaire. Là gît peut-être le problème.
J'en viens à ma question: les havres gris dégagent un tel
sentiment de tristesse qu'on ne peut s'empêcher de les assimiler
à un départ vers l'éternité, c'est à
dire vers la mort... Est ce bien de cela qu'il s'agit? Pouvez-vous en
dire un peu plus..., ou cela doit-il rester un mystère...?
Avec tout mon respect,
Frania
Chère Friana,
Associer les havres avec la tristesse n'est pas faux, mais n'est
peut-être pas toute la réalité. Mais laissez-moi
vous dire tout de même que s'ils vous émeuvent, de toute
façon, vous avez tout à fait raison. C'est mon cas
également.
Le départ de Frodo, Bilbo et des trois porteurs des anneaux
elfiques (Galadriel, Elrond et Gandalf) a quelque chose de triste pour
les témoins du Nouvel Âge de Middle-Earth qui s'ouvre
devant eux. On peut penser à Sam ou à Aragorn. Ce sont
des guides, des amis, des gens avec qui ils ont traversé feu et
enfer qui partent, et qu'on ne reverra jamais.
Mais pour les elfes, les havres revêtent un sens un peu
différent. Il y a plus que de la tristesse. Ou pourrais-je dire
qu'il s'agit d'une forme particulière de tristesse! C'est la
nostalgie, le mal d'Ulysse! Certains elfes prennent les havres pour
retourner à Valinor depuis que l'Interdit fut levé (ceci
a à voir avec les légendes anciennes du Silmarillion).
D'autres n'y font que rêver, car ils sont d'une lignée qui
n'a jamais vu Valinor (Legolas, par exemple).
Au fond, vous avez peut-être raison: le départ comporte
toujours quelque chose de triste pour quelqu'un, quand bien même
il peut symboliser l'espoir en d'autres circonstances.
Et pour les elfes, les havres, c'est le départ vers leur destin,
ou peut-être même (ils n'en savent rien) vers l'oubli.
Sincerely,
J. R. R. T.
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