Gandalf |
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| Cher Maître, Merci pour votre prompte réponse à ma précédente question. Je me permets d'abuser de votre indulgence afin de vous en poser une seconde. Gandalf dit s'être appelé Olorin «dans l'Ouest». Et Olorin est également le nom donné dans le Silmarillion à un des plus sages Maia de Manwë et de Varda, dont l'un des attributs était d'inspirer les Elfes par le biais de rêves («olori» en Noldor). Dans les Contes et Légendes Inachevés (sauf erreur de ma part) on peut retrouver un bref texte décrivant une réunion des Valar, où sont discutées les mesures à prendre afin de faire face à la réapparition de Sauron dans l'Est. Il est décidé au cours de cette réunion de dépêcher en Terre du Milieu des Maiar, afin que ceux-ci puissent contrer l'influence de Sauron. Enfin, Gandalf porte Narya l'Anneau de Rubis, dont Cirdan le Charpentier des Havres lui a fait présent. Gandalf est-il donc le même Olorin que le Maia dont il est question dans le Silmarillion? Cela impliquerait que les Istari soient des Maiar «incarnés», cela est-il également exact? Dans l'attente de votre réponse, je reste, cher Maître, très respectueusement, Votre admirateur fervent, Jacques-Yves Bonavita |
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| Mr. Bonavita, Je dois d'abord vous demander cent fois pardon pour mon retard totalement impardonnable à vous répondre. J'ai été complètement débordé, et également un peu malade, le vil prix de la vieillesse. J'espère que vous ne serez pas découragé à me poser d'autres questions, ce que je trouverais bien triste, car je les apprécie. Elles sont en quelque sorte le gage d'un certain intérêt envers mes úuvres (ce qui me flatte autant que me mystifie). La plupart de vos observations à propos de Gandalf sont correctes. Or ce n'est pas dans ce que mon fils a intitulé Unfinished Tales que vous pouvez lire cette réunion des Valar; je n'en ai qu'esquissé un rapide croquis. Je sais cependant que mon fils en a fait mention dans le livre dont vous parlez, dans le chapitre de la quatrième partie intitulé The Istari. À vrai dire, là vous y trouverez toutes les réponses à vos questions sur l'origine de Gandalf, the Grey Pilgrim, et de ses confrères. Olorin/Mithrandir/Gandalf/Incanus/etc., un Maia d'après les textes du Silmarillion, est membre du Heren Istarion ou «Ordre des Sages». Les membres de cet «ordre», les Istari, possédaient une grande connaissance de l'histoire et de la nature du Monde. On sait que cinq Istari, dont Gandalf qui partit le troisième, furent envoyés depuis l'Ouest en Middle-Earth pour venir en aide aux Peuples Libres dans leur bataille contre Sauron. Leur but n'est pas de faire tout le travail à la place des Elfes et des Hommes, mais plutôt de les encourager, d'inspirer leur courage et de les aider à utiliser leurs propres ressources contre l'Ennemi. Les Istari devaient d'ailleurs expressément dissimuler leur pouvoir (ce que Saruman/Curunir ne fera plus beaucoup à la fin du Troisième Âge), et ne jamais déroger à leur mission (seul Gandalf réussira). Ils sont, avant tout, des émissaires, des messagers, très près de l'aggelos des Grecs. Ces Sages voyageurs sont incarnés sous une forme humaine, un peu vieille mais vigoureuse, altière mais susceptible de mourir par la violence ou la soif. Grâce à leur sagesse et leur noblesse, ils ne vieillissent cependant que très lentement. J'utilise, en français, le terme sage car je crois qu'il est beaucoup plus approprié que l'appellation française magicien. J'ai traduit Istari par wizard en anglais, ce qui est correct d'après sa relation à l'adjectif wise, mais ce fut peut-être un mauvais choix, car un Istari est très, très loin du magicien ou du sorcier d'une époque bien ultérieure à la sienne. Il ne faut surtout pas les confondre. La traduction française magicien est malheureuse, car étymologiquement mage/magie/magicien ne sont pas reliés à une racine qui signifie «sage», comme je l'ai fait en anglais. L'idée derrière le grec magikos ou magos est difficile à bien cerner, mais elle se rapproche bien davantage du sorcier ou du charlatan que de l'aggelos. All my best wishes, J. R. R. T. PS: Notez bien qu'à proprement parler, Olorin n'inspirait pas les Elfes par le «biais de rêves», comme vous le dites. Le mot rêve est une traduction courante du Quenya olos (pluriel olozi/olori), mais il n'est pas question d'un rêve humain, ni de sommeil. Pour les Eldar, cela implique plutôt la mémoire, l'imagination, et tout ce qui était visible à leur esprit mais qui n'a aucune présence physique. |