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QBonjour monsieur Tolkien,
Je suis une très grande fanatique du Seigneur des Anneaux, et
croyez-moi, j’avais lu vos livres avant que le film de Peter Jackson ne
sorte en salle. D’ailleurs, je ne sais si on vous en a parlé; un vrai
chef-d’oeuvre, reflétant assez fidèlement votre oeuvre. Ce dont j’ai été
déçue, par exemple, c’est qu’on n’ait pas parlé de Tom Bombadil, qui est
un personnage si gentil, si aidant et au coeur léger, un personnage
qu’on aimerait tellement avoir dans la vie de nos jours! Qu’en
pensez-vous?
J’ai une question à vous poser: vous savez, lorsque Elrond, Galadriel,
Frodon et Bilbon partent pour le long voyage, en embarquant sur la
barque, où vont-ils vraiment? Je sais qu’ils vont vers l’éternité, ou
quelque part au-delà de la mort, mais pouvez-vous être plus précis?
Pourquoi ont-ils choisi cette voie, surtout les Elfes qui ont la vie
éternelle? Nous savons que Legolas et Gimli vont voyager ensemble, deux
personnes de races différentes qui ont finalement choisi de se
réconcilier. Quelle est la principale valeur que vous vouliez démontrer
à travers cette trilogie? Parce qu’il y en a plusieurs: la solidarité,
la paix, l’amour...
Je vous prie, cher monsieur Tolkien, d’agréer à mes sentiments les plus
distingués.
Pamela
Chère Pamela,
On m'a parlé en effet de l'adaptation cinématographique de ce Peter
Jackson. De ce qu'on m'a décrit le plus objectivement possible, ces
films sont horrifiants, terribles et loin de ce que j'ai voulu raconter
en écrivant l'histoire de l'Unique. Vous savez, je peux tolérer les
coupes beaucoup plus facilement que les altérations gratuites, parce que
les premières sont quelquefois nécessaires et cela je peux le
comprendre. Par ailleurs, le personnage qu'on peut couper le plus
facilement, c'est bien Tom Bombadil. Il ne sert pas l'histoire. Je l'y
ai laissé par contre car j'ai cru qu'il servait une fonction importante.
Je suis donc aussi désolé que vous qu'on ne le voit pas, mais cette
décision se justifie. Au contraire de tout le reste de ce que ce Jackson
a fait, si vous voulez mon avis.
La réponse à votre seconde question rejoint de très près la mythologie
derrière The Lord of the Rings. Je vous conseille de lire le
Silmarillion, vous y trouverez votre réponse.
Enfin, je préfère parler de thèmes que de valeurs pour ce qui est de ma
trilogie. Si vous me forcez à parler de valeurs, je dirais que c'est la
Pitié ou l'Ennoblissement du simple. Mais l'élément central du récit, à
mon sens, c'est le thème de la Mort.
Sincerely,
J.R.R.T.
Cher monsieur Tolkien,
Dans votre lettre précédente, vous avez dit que les adaptations
cinématographiques de Peter Jackson étaient horrifiantes et que ce n'est
pas ce que vous aviez voulu raconter en écrivant votre trilogie. Mais
que vouliez-vous raconter? Parce que les Orcs sont des êtres extrêmement
répugnants.
J'aimerais aussi vous demander d'où vous venait toute cette inspiration
pour avoir créé une oeuvre aussi complète, intelligente et si imaginée?
J'ai vu un documentaire sur vous à la télévision et on racontait que
vous avez connu l'horreur de la guerre... Est-ce cela qui vous a poussé
à écrire cette trilogie dans laquelle le Bien et le Mal s'affrontent?
Merci, cher M.Tolkien, de l'attention que vous porterez à ma lettre.
Pamela
Chère Pamela,
Vous avez tout à fait raison de dire que les Orcs sont des êtres
répugnants. Le problème de Peter Jackson est qu'il n'est pas subtil, en
plus de se permettre des libertés presque indécentes. Mais voilà le vrai
fond de l'histoire: les mauvaises décisions qu'il a prises dépassent sa
représentation des Orcs. Il a fait bien pire. Vous pouvez le voir
vous-même en relisant le livre.
Ce que j'ai voulu raconter en écrivant «The Lord of the Rings», c'est
une histoire où le simple devient noble par la souffrance, une histoire
où la vraie Victoire ne peut jamais être appréciée par et pour soi-même
égoïstement. C'est une histoire de beauté et de verdures, de sacrifice
et de royauté. Peter Jackson a extrêmement mal rendu Bree, la Lothlorien,
les Rohirrim, la bataille des champs du Pelennor, l'histoire d'amour
entre Aragorn et Arwen, les personnages de Saruman, d'Elrond, de Faramir,
de Denethor, et j'en passe. Par-dessus le marché, il se permet
d'inventer des scènes, ce qui allonge une oeuvre déjà trop longue pour
ce médium. Peter Jackson me semble simplement incapable de résumer
l'essentiel de mon livre. Il a même coupé la bataille des Hobbits, qui
est le point culminant du récit, là où nous témoignons le plus
clairement de l'évolution des Hobbits depuis le début, Merry et Pippin
en particulier étant désormais des Grands Capitaines; bref voilà la
véritable fin. Le départ en bateau, c'est plutôt l'épilogue. On peut
donc couper des scènes ailleurs, je comprends parfaitement, mais là,
c'est la preuve que Peter Jackson n'a rien compris et qu'à vrai dire il
ne sait pas lire.
Les inspirations pour cette oeuvre sont nombreuses et complexes à
rapporter. Il y a un mélange de hasard, de besoin et d'achèvement de ce
qui était par ailleurs déjà commencé, c'est-à-dire le Silmarillion. Je
me suis basé sur ce que je connaissais (l'Europe, la philologie
germanique), sur ce que je considère être beau ou horrifiant, sur mes
goûts personnels (comme les langues) et sur des valeurs chrétiennes. Je
n'avais jamais prévu écrire ce genre de roman - je ne suis pas un
écrivain au sens professionnel du terme - mais je suis tout de même
heureux d'avoir saisi l'occasion lorsqu'elle s'est présentée. Tout cela
a commencé avec l'histoire de Bilbo le Hobbit quand je suis tombé sur
une page blanche en corrigeant des examens. Comme quoi nous ne savons
jamais ce que la vie nous réserve.
Sincerely,
J. R. R. T. |