Concrètement |
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| Tu nous as offert de nombreux volumes fantastiques, tous plus
palpitants les uns que les autres, et en particulier «Le Seigneur des Anneaux»
qui m'a tant passionnée et éblouie qu'il est devenu mon livre de chevet,
que je ne cesse de lire. C'est en effet pour cette raison que j'ai décidé
de t'écrire, moi qui suis, comme qui dirait, fan de tes histoires. Je me suis
toujours demandée comment cet univers invraissemblable et qui néanmoins
paraît si réel a pu naître de ton esprit si facilement et de façon
concrète. C'est pour moi, un contexte qui me fascine. Mais, au fait, je ne
me suis toujours pas présentée. Je m'appelle Marine, j'ai 16 ans et
je suis en seconde au lycée Condorcet à Saint Priest dans le Rhône.
À bientôt, Marine |
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| Chère Marine, Vous me voyez touché si le «réalisme» de mon monde imaginaire (bien qu'invraisemblable, comme vous avez si sagement noté) a pu vous plaire d'une quelconque façon. J'ai fait de mon mieux, et bien que cela me plaît, tout cela n'en revient qu'aux goûts de chacun, bien évidemment. Maintenant, comment cela a-t-il pu naître? Je suis d'ordinaire un peu inconfortable avec les questions «comment». Il est souvent bien difficile de porter un regard rationnel sur quelque chose qui, au départ, ne l'est pas, car la création tient davantage de l'expression esthétique de l'esprit plutôt que de ses facultés logiques (et donc, rationnelles). Une chose est certaine, on ne crée pas en quelques secondes. J'y ai passé ma vie. Et ce ne fut pas toujours facile. Le lecteur ne voit toujours que le produit achevé, jamais les coups de pinceaux du peintre, ou les coups de ciseaux du sculpteur. Il faut donc commencer, sans aucun doute, par le début: c'est ce que vous dirait un Hobbit, je pense. Dans mon cas, ce fut mes langues elfiques, auxquelles j'ai décidé par la suite d'ajouter une mythologie, une «legendarium», afin de leur donner vie. Quant au «réalisme», j'ai essayé d'employer quelques techniques que je juge être très efficaces comme elles sont employées par l'auteur de Beowulf, par exemple. C'est le sentiment de profondeur historique, c'est l'attrait de l'énorme Distance de l'Histoire qui donne cette saveur particulière à une oeuvre. Les chansons, les histoires incomplètes, les noms propres nombreux, plusieurs étant quasi ou totalement inconnus même pour les personnages, tout cela laisse présager, ou pressentir, un monde qui dépasse les limites du seul contenu des pages d'un livre. Je crois qu'il y a là la grande clef pour un tel «réalisme». Il faut présenter les choses sous le mode d'une véritable histoire ancienne. C'est donc ce que j'ai tenté de faire. Je serai le plus heureux si vous pensez que j'ai pu réussir! Sincerely, JRRT |