Thomas
écrit à
John Ronald Reuel Tolkien
| Cher monsieur Tolkien, Je vous écris afin de vous soumettre une problématique et j'espère que vous serez à même de m’aider à la résoudre. Je vous explique: écrivain en herbe dans le domaine de la fantasy et bien décidé à percer, je travaille sur un manuscrit depuis un bon bout de temps et ne cesse de l’affiner en fonction des retours de mes bêtas lecteurs. Le problème est que, même si je continue de le perfectionner avant de le soumettre aux éditeurs, quelqu’un trouve toujours de petites choses à y redire, si bien qu’à force de retravailler, je commence à ne plus savoir quel avis suivre et si mon histoire et mon style ne vont pas en se dénaturant. Vous qui êtes un grand auteur et un pilier dans notre genre, j’imagine que cela a dû vous arriver également. Pourriez-vous me dire comment vous avez fait, comment vous avez décidé qui écouter, quelles modifications accomplir et à partir de quel moment vous n’avez plus suivi que vous-même? Dans l’attente de votre réponse, je vous salue, Thomas J. R. R. T. 12 Merton Street Oxford, UK Cher Thomas, Votre œuvre ne plaira jamais à tout le monde. Le jour où vous l'accepterez, vous verrez les commentaires de vos lecteurs sous un jour nouveau et vous saurez les relativiser. Le seul juge en qui vous pouvez avoir confiance, c'est vous-même. Si votre récit vous plaît, cela paraîtra dans son écriture et cela fera ressortir l'honnêteté de votre style. C'est tout ce que vous pouvez faire. Partant de là, n'oubliez pas que le travail de l'éditeur ne devrait être en l'essence que formel. Si on dénature votre travail, vous les laissez aller trop loin. Du reste, ce ne sont pas les éditeurs qui m'ont réellement posé problème, pour ce qui est de ma propre expérience (bon, je ne parle pas de l'édition pirate américaine de The Lord of the Rings...). Stanley Unwin était aussi compréhensif qu'enthousiaste, et il ne pouvait faire grand-chose quant aux problèmes et aux délais techniques. La véritable engeance, ce sont ces damnés correcteurs. J'ignore pourquoi, mais ce sont les plus ignorants de la langue qui se retrouvent toujours à remplir ces postes. Ils m'ont «corrigé» à maintes reprises des usages tout à fait acceptables historiquement et certains autres que j'ai voulu un peu particuliers, pour accentuer le caractère unique des mes personnages (les termes «elvish» et non «elfin ou «elfish»; le pluriel «dwarves» et non le régulier «dwarfs», etc.) Alors pour l'intelligence, on repassera: ces gens ne savent tout simplement pas lire. Alors armez-vous d'une excellente connaissance de votre langue et d'une réflexion approfondie sur votre style si vous désirez défendre ce qui peut être clairement démontré comme étant non seulement parfaitement acceptable, mais aussi à propos. La cohérence du style et du contenu n'est pas chose facile à comprendre pour le cerveau robotisé d'un correcteur! Je vous souhaite bonne chance dans votre entreprise. Sincerely, JRRT |