Antoine
écrit à

   


John R. R. Tolkien

     

 

Antoine, un de vos plus grands admirateurs

    Abergement-Clémencia, le 20 mai 2005

Cher Tolkien,

Je me présente, je m'appelle Antoine Chaléat; j'ai 13 ans et je vous écris cette lettre de l'Abergement-Clémencia, lieu où j'habite.

Vous êtes la première personne à m'avoir emporté dans un monde merveilleux. Vous m'avez fait rêver, explorer un monde fantastique truffé de mystères. Vos histoires m'ont fasciné, comme Frodon et ses compagnons qui partent pour détruire l'anneau et qui s'engouffrent dans des histoires magiques, ou lorsque la communauté de l'anneau rentre dans la Moréa (la grotte de la mort) et que Frodon et Sam escaladent une paroi pour rentrer dans la grotte du monstre velu. Les guerres et les combats sont si bien décrits, notamment lorsque l'armée du Rohan combat la communauté et que le Gondor est attaqué... Vos univers sont plus fantastiques les uns que les autres.

J'aimerais vous poser quelques questions. À quel âge avez-vous commencé à écrire, notamment Le Seigneur des Anneaux? Comment avez-vous créé la langue elfique?

Sachez que je vous admire et que je vous admirerai toujours. Avec mes plus sincères salutations.

Antoine
 

Cher Antoine,

Je vous remercie pour votre lettre. J'ai commencé à écrire «The Lord of the Rings» en 1936 ou 1937, ma vieille mémoire me fait défaut sur ce détail. J'avais donc 45 ans. Mais j'ai commencé à écrire bien avant cet âge et mes toutes premières histoires, celles qui sont devenues plus tard l'arrière-plan mythologique et historique de la trilogie telle qu'on la connaît, je les ai commencées pendant la Grande Guerre. J'étais au tout début de la vingtaine.

Comment ai-je créé une langue elfique? Question simple à formuler, mais pas aussi simple à répondre... Bien que j'aie écrit un essai intitulé «A Secret Vice» («Le Vice Secret» en français) sur le hobby qu'est l'invention des langues, plus répandu qu'on ne le croit d'ailleurs, je ne me suis pas tellement attardé à la méthode. Je crois qu'il n'y a pas de façon prédéfinie de le faire. Lorsque nous inventons une langue, nous cherchons des mots dont la sonorité nous plaît. C'est un peu comme le compositeur qui crée sa musique, mais avec le matériau du poète, à savoir les mots. Par la suite, nous pourrons ajouter à ce vocabulaire du sens, de la grammaire, des règles qui permettent d'ériger la grande tour que devient notre création, pour qu'elle se tienne haute et altière, sans tomber sous le poids de la cacophonie ou de l'incohérence. Enfin, on pourra, comme je l'ai fait, se l'imaginer lorsqu'elle était plus jeune, lorsqu'elle sera plus vieille, à quoi pourrait ressembler sa jumelle. Ce développement historique de la langue est mon principal plaisir, à part la musique finale, bien entendu. Cela demande un travail continu et acharné, mais comme tout créateur, le plaisir et la satisfaction vient justement de cet achèvement. C'est mon vice secret!

Sincerely,

JRRT