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Cher J.R.R.T,
Je suis un de vos grands admirateurs et j'ai quelques questions
à vous poser.
J'ai lu que vous avez combattu durant la première guerre
mondiale et j'aimerais savoir si cette expérience,
sûrement douloureuse, vous a inspiré pour
l'écriture de vos oeuvres.
Dans un second temps j'ai appris, dans le DVD bonus du «Seigneur
des Anneaux» (réalisé par Peter Jackson), que
Christopher Lee, qui incarne Saroumane dans cette trilogie, vous a
rencontré de votre vivant... J'aimerais savoir dans quelles
circonstances.
Enfin, j'ai été étonné lorsque j'ai lu
«Le Retour du Roi». En effet, le roi sorcier d'Angmar (le
seigneur des Nazguls), le plus puissant des neuf spectres noirs de
Sauron, celui qui est décrit comme la Mort en personne, qui
«rôde» durant toute la trilogie, qui brise le
bâton de Gandalf et qui fait fuir sans un regard les soldats les
plus courageux... meurt trop bêtement. La fin de l'histoire
aurait été, à mon goût, plus palpitante si
la «lance de terreur dans la main de Sauron» ne
s’était pas fait tuer subitement par Eowyn...
N'y voyez surtout pas du machisme de ma part, mais c'est vrai que
j'aurais aimé, je pense, voir ce personnage soutenir le Mal plus
longtemps.
J'en ai terminé avec mes questions. Peut-être y avez-vous
déjà répondu pour d'autres lecteurs aussi
admiratifs que moi; si c'est le cas, je m'en excuse d'avance.
Salutations
Un fan parmi beaucoup, beaucoup d'autres.
Cher fan sans nom,
La guerre fut effectivement douloureuse, cela va de soi. C'est à
cette époque que j'ai commencé à écrire les
légendes des gnomes (plus tard les Elfes - mon usage de ces deux
termes n'a rien à voir avec le folklore européen),
travail qui deviendra The Silmarillion beaucoup plus tard. La noirceur
de l'expérience a vu naître Morgoth, mais je n'irai pas
tellement plus loin dans l'analyse biographique. Et notez bien que je
ne prévoyais pas un jour écrire des oeuvres comme The
Hobbit et The Lord of the Rings. Le premier, ce fut un accident, si je
puis dire ainsi, lorsque je suis tombé sur une page blanche
pendant que je corrigeais des examens. Le second est une suite
imprévue du premier.
Quant au seigneur des Nazgûl, je présume que vous n'aimez
simplement pas que The Lord of the Rings soit à vrai dire
l'histoire de sa fin. Car ce puissant serviteur de Sauron n'en est
certainement pas à son premier maléfice. Il est par
exemple le grand architecte (toujours sous la férule de Sauron,
bien évidemment) de la chute du royaume d'Arnor. Mais, en
réalité, le seigneur des Nazgûl n'est pas
«mort», il a plutôt été réduit
à l'impotence. Permettez-moi aussi de vous corriger sur un
détail: le seigneur des Nazgûl ne brise jamais le
bâton de Gandalf. Je ne pense pas vraiment qu'il oserait
affronter le Pèlerin gris, car après tout la force des
Nazgûl est la terreur, beaucoup plus qu'une puissance physique.
Gandalf, par ses origines anciennes dans l'Ouest, appartient à
un ordre bien supérieur à celui des Nazgûl, faisant
de lui le grand rival de Sauron lui-même. Mais Gandalf non plus
n'aurait probablement jamais pensé faire usage de violence
contre le seigneur des Nazgûl, à moins d'une situation
extrême. Son autorité, appuyée par la puissance de
l'anneau Narya, est suffisante pour le faire fuir, et c'est ce qui
arriva aux portes de Minas Tirith lorsque les armées de Sauron
commencèrent à perdre le momentum de la bataille,
à l'arrivée des Rohirrim.
Sincerely,
JRRT
P.-S.: Je n'ai aucun souvenir d'une rencontre avec monsieur Christopher
Lee, je suis désolé.
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