Admiratris philosophis |
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| Mister Tolkien, D'innombrables heures j'ai passées dans les Terres du Milieu, en compagnie de Bilbo, Frodo, Gollum, et j'avoue que mon préféré est Pipin (Peregrin Touque)... Plusieurs fois je suis allée dans la Moria, la Comtée, le Gondor, le Rohan, les montagnes blanches, les belles forêts de la Lorien et aussi le grand Mordor... Et j'en suis revenue à tous les coups! Et à chaque fois avec quelque chose de plus dans mes bagages... Je vous lève donc mon chapeau, monsieur Tolkien, maître incontesté des légendes fantastiques! Et je ne peux m'empêcher de réagir (que voulez-vous, c'est ainsi que je suis faite) face à la réponse que vous avez donnée à mon collègue admirateur. Je suis d'accord avec vous lorsque vous dites que les livres ouvrent la porte à l'imaginaire beaucoup plus que les films. L'écriture ne suggère pas d'images toutes faites comme au théâtre, à la télévision ou au cinéma. Mais il ne faut pas oublier que l'écriture a également sa part d'influence sur l'imaginaire. Dans votre exemple, vous parlez d'une femme qui est belle. On peut l'imaginer comme on veut, selon nos goûts, mais il reste tout de même qu'on DOIT l'imaginer BELLE. Pas laide, mais belle; on doit concevoir un monde désertique: pas une forêt, avec des lacs, ni une région montagneuse, mais désertique. Donc l'écriture limite aussi l'imagination, car elle impose une atmosphère, une situation, un certain décor, et j'en passe. Et je dirais même que sans livre, sans film, donc une personne seule avec elle-même, a aussi ses limites imaginaires. Limites provenant du conditionnement sous lequel elle a grandi, celui-ci étant à la fois social, culturel, familial, amical, bref, toutes les facettes de l'existence, toutes les sphères d'influence. J'aimerais connaître votre opinion à ce sujet, car vous me semblez un homme plein de sagesse et de bon sens. Amicalement, Marie-Josée |
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| Dear Marie-Josée, Je crois qu'il y a une bonne différence entre une histoire écrite et sa représentation. Vous dites que «l'écriture limite aussi l'imagination, car elle impose une atmosphère, une situation, un certain décor, et j'en passe». Or, c'est tout à fait le but de l'écriture, comme tout acte de communication, que de transmettre un contenu. Ces mots que je tape à la machine présentement, et que vous lirez ensuite, vous «imposent» ma pensée. Vous n'avez pas entière liberté sur l'interprétation de ma lettre. La langue est une sorte de convention; c'est donc dire qu'on s'y conforme, à moins de jouer les poètes. Or, le théâtre et le cinéma n'imposent pas qu'une histoire, ils imposent une représentation de celle-ci. Là réside toute la différence. Lorsque j'écris qu'une femme est belle, «j'impose» sa beauté à mon lecteur, évidemment, car je suis l'auteur ou le narrateur du récit, et c'est là mon travail. Mais la représentation de cette beauté demeure entièrement à la liberté du lecteur. Ce que je considère comme fondamentalement dominatrice, c'est la représentation visuelle de l'écriture. Remarquez le suffixe RE- dans REprésentation. Il signifie que cette dernière est toujours postérieure à quelque chose d'autre. Quant aux «limites imaginaires» d'une personne seule avec elle-même, pour autant que cela soit possible, je dois avouer ne pas saisir entièrement ce que vous signifiez par là. Notre environnement et notre expérience façonnent certainement notre manière d'appréhender le monde, mais ces limites sont extrêmes, et je ne vois pas en quoi ce peut être parallèle à l'écriture ou sa représentation visuelle. Best regards, J. R. R. Tolkien |