Tout n'a-t-il pas une fin?
       

       
         
         

Olivier Saint-Amand

      Bonsoir, 

Ne pensez-vous pas, être subordonné à la pensée de temporels, que le temps soit venu pour vous de vous enfouir dans «la mémoire collective», d'y vieillir aussi sagement que possible et de disparaître enfin?

Vous appartenez à une époque où il fallait tout inventer pour que de vrais talents puissent un jour éclore, vous avez participé à la construction de l'édifice. Il ne faut pas que nous passions sous silence l'énorme responsabilité que vous portez dans l'avilissement du marché commercial de la BD.
          
          

Tintin


 
Cher Monsieur,

Je suis Tintin. Tout simplement. Les albums qui relatent mes aventures sont à la disposition du public et c’est à lui de décider si ceux-ci méritent des rééditions. Je ne m’impose pas comme tel et je ne porte aucun jugement sur la bande dessinée en général. Je préfère considérer qu’il y en a pour tous les goûts et pour toutes les cultures... Je ne crois pas qu’une personne, à elle seule, puisse détenir le prétentieux pouvoir de décréter de ce qui est, ou de ce qui n’est pas, avilissant.

...À moins que ce ne soit un éditeur...

Cordialement,

Tintin


 



 

Olivier Saint-Amand


 
Monsieur, 

Quelle question auriez-vous posée à Hergé, s'il eut été votre papa?


 



 

Tintin


 
Cher Monsieur, 

Votre question me permet de confesser que j’ai toujours considéré Hergé comme mon propre père. Pour vous le dire le plus simplement du monde, j’ai toujours considéré que je lui devais la vie...

En contrepartie, bizarrement, Hergé ne se gênait pas pour affirmer qu’il y avait un peu de moi qui vivait à l’intérieur de lui. Tintin, c’était un peu Georges Remi et Hergé, c’était un peu Tintin... Père, fils... et siamois à la fois... 

Une pareille relation fut donc propice aux confidences. Lors de nos nombreuses discussions, il ne m’interdisait aucune question et il ne m’a jamais ménagé quant à ses états d’âme. Comme c’est le cas dans la plupart des relations interpersonnelles, nous avons connu des moments plus heureux que d’autres... Vous savez probablement que Hergé a vécu des périodes dépressives qui furent très éprouvantes pour son entourage, dont j’étais...

Malgré cela, je préfère ne conserver que les meilleurs souvenirs. Sa vie fut fantastique et, grâce à lui, la mienne l’est toujours...

Puisse ma survie contribuer à la sienne...

Amicalement,

Tintin