Encore la sexualité
       

       
         
         

Julia

      Bonjour mon beau Tintin,

Je suis vraiment folle de toi depuis les 6 ans quand mon père t'a presenté à moi. Hergé c'est une sorte de maître à moi dans l'art du BD (mes histoires ont un air Tintinesque bien évident). Ce que je trouve le plus génial chez Hergé c'est son dernier désir de ne plus permettre à quiconque de continuer à dessiner ou raconter tes aventures.

Car on sait bien ce qui pourrait se passer: on t'aurait trouvé une petite copine (peut-être aussi une chienne pour Milou), le capitaine serait devenu un militant anti-alcool et anti-tabac, vous seriez tous des gênants écologistes politiquement irréprochables et tout ça.

Ceux qui veulent vraiment te connaître à travers tes aventures doivent se préparer pour entrer à un nouveau monde qui n'est pas le sien... Moi j'admets que je suis puriste et que je n'ai même pas aimé les modifications prises par Hergé dans les Picaros et à L'alphart. Moi je préférais tes anciens pantalons (ça me donnait de la liberté pour imaginer tes fesses...) et la ligne claire avait déjà été plus claire.

Mais enfin, tout ça est pardonnable. J'aimerais bien en savoir ton avis.

Tu es un très beau garçon (peut-être un peu trop maigre) de qui j'ai toujours été amoureuse. Bien sûr (et malheureusement pour moi), comme tu as dit des milliers de fois, tu ne veux pas une copine.

Je ne crois pas que tu sois gay, mais tu as quelque chose d'asexué que les gens (y inclus moi) ne peuvent pas bien comprendre. Moi j'aimerais bien te demander si tu as jamais eu des expériences sexuelles (y inclus l'érection et la masturbation) et si ce genre de chose ne te manque pas. Car enfin, l`être humain est un être sexuel et à mon avis c'est celle-là la main qui tourne la roue du monde, sans parler de la procréation mais des jeux de pouvoir auxquels le sexe amène...

Je te remercie pour ton existence. Je t'aime.

Ton amie Julia
         
         

Tintin

      Mademoiselle Julia,
Monsieur Delapravda,

J'arrive à peine à Moulinsart pour rendre visite à mes chers amis, Tintin et le capitaine Bartock qui, malheureusement, ne sont pas là. Irma, Igor et moi aimons beaucoup le charme rustique de l'endroit et son mobilier Henri XV. Outre la roseraie flamboyante, on trouve ici une nature abondante, propice au repos de mon tempérament artistique.

Mais voilà, je suis aussi généreuse de ma personne que de ma voix et j'aime rendre service à autrui. C'est pourquoi, avec une discrétion d'usage, j'examine le courrier adressé à mes hôtes afin de m'assurer que rien, ni personne, ne souffrira de leur absence inopinée. Oh, stupeur ! Votre lettre... Vos questions... Les sous-entendus...

Je prends donc la plume, et la main d'Irma, pour répondre avec fougue à votre télégramme électronique libidineux où, sans gêne, vous tentez de vous immiscer dans l'intimité de mon ami Tintin. D'entrée de jeu, je ne vous cacherai pas que je suis toujours outrée par la propension de certaines personnes à s'ingérer sans gêne dans les affaires d'autrui.

Il me faut de plus vous dire, chère Julia, que de tels propos salaces ne siéent pas à une gente demoiselle.Vous me faites penser à ces rustres du Tempo di Roma et à ces paparazzis qui m'oppressent constamment d'un regard aussi fouineur que lubrique.

Sachez ma chère fille qu'un jeune homme en route pour la lune dans une fusée ou en train de défendre sa vie sur un bûcher, perdu dans les Andes, a autre chose en tête que la concupiscence dont vous le soupçonnez!

Aussi, un magnifique et très jeune homme comme Tintin titille davantage chez les femmes du monde, dont je suis, la fibre maternelle plutôt que celle de l'avidité. Évidemment, ce n'est pas tout à fait le cas en ce qui a trait au capitaine Mastock... Mais je contiendrai ici l'enthousiasme de mes propos, de crainte que Paris Flash n'interprète outrageusement cet aveu, une fois de plus.

Bon, il faut que je vous laisse, je dois répondre au téléphone. Parions que ce sera encore pour la boucherie Sanzot...

Artistiquement vôtre,
Bianca Castafiore
         
         

Julia

      Merci de répondre si vite, Madame la Castafiore, mais j'aurais préféré avoir la réponse de Tintin lui-même... Il me semble que mon héros a toujours un «voyage» à faire quand il y a des questions un peu plus délicates...

C'est dommage, car ces trucs-là me font perdre un peu la «foi». Tintin devrait être plus humain que ces réponses-là. Pas besoin d'être un grand connaisseur de Tintin pour sortir à l'anglaise quand on ne sait pas la réponse.

Tintin, je t'aime pour la vie. Moi et tous tes fans savons bien que tu es réel, avec des sentiments, des réactions physiologiques et tout ça.

Un grand bisou de ton amie.

Julia
         
         

Tintin

      Bonjour,

En effet, Milou et moi rentrons à peine à Moulinsart et j'ai lu ce que je comprends être votre seconde correspondance. J'ai donc demandé à Nestor de me retrouver votre première lettre afin de bien comprendre la nature, et l'ampleur, de vos propos.

Voilà qui est fait. Aussi, j'aimerais tout d'abord vous rassurer à propos de mon «courage» pour répondre au courrier. À tout mon courrier... Votre première lettre est certes, inusitée mais j'en ai reçu bien d'autres qui ne manquaient pas de «sensationnalisme». Soyez assurée, chère Julia, qu'à chaque fois, je n'ai eu aucune crainte ni réserve à y répondre avec sincérité.

Cela dit, je vous confierai que je suis un être bien vivant avec tous ses organes en parfait état de marche... Comme je l'ai mentionné à d'autres assidus de Dialogus, j'ai frôlé si souvent l'inconnu et la mort pour ne pas vouloir apprécier tous les plaisirs légitimes que la vie peut nous procurer...

Toutefois, parmi ces plaisirs, il y a celui de pouvoir conserver un minimum d'intimité et de dignité...

Vos nobles sentiments à mon égard me touchent et j'y suis très sensible. Par contre, s'il vous faut vraiment alimenter votre imaginaire fantasmatique, puis-je vous suggérer d'autres lectures que celles de mes aventures.

Cordialement,

Tintin