| |
|
Cher Suétone,
J'ai eu l'occasion de lire vos écrits. Il me
semble, ma foi, que vous y tenez de nombreuses interprétations
et
affabulations personnelles sur la vie des grands de Rome. Suis-je dans
l'erreur?
Caïus Suetonius
Tranquillus, Chevalier, a studiis, a bibliothecis, ab epistulis, salut!
Ta
lettre me semble inquiétante, chère anonyme de Rome ou
d'ailleurs.
Aurais-je commis des erreurs? Lesquelles? Je m'empresserais de les
corriger. Mes travaux portant sur les Grands de Rome, c'est à
dire les
membres de la famille impériale, reposent sur l'étude de
leurs
archives. Ma carrière m'a conduit, grâce à mon ami
Septicius Clarus,
dans les bureaux palatins où sont conservés toutes les
informations que
je livre dans mes écrits. Malgré le mécontentement
d'Hadrien, que j'ai
encore du mal à comprendre d'ailleurs, j'ai fait mon travail
honnêtement et me suis adonné à l'écriture
des vies des César tout
aussi honnêtement. Une chose cependant a pu influencer mes
écrits. Les
descendants d'Auguste ne furent pas tous exemplaires, loin s'en faut,
et beaucoup condamnés par les institutions. Comment pourrais-je
glorifier des hommes qui n'ont eu aucune moralité alors
même qu'il est
possible d'être un bon empereur comme Trajan. Tibère
n'a-t-il pas
laissé Séjan saigner Rome? Néron n'a-t-il pas
été un tyran? Et Claude!
Sénèque lui-même, qui l'a cotoyé, nous a
laissé un témoignage
particulièrement cinglant et je garantis que je n'y suis pour
rien!
Les
écrivains de Rome font l'Histoire, non pour engendrer le doute,
moteur
de discorde, mais pour donner des exemples à suivre ou à
bannir. Mon
seul crime est peut-être de n'avoir trouvé, avant Nerva,
que des
exemples à bannir.
Vale in pace deorum
Caïus Suetonius Tranquillus
|