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Qui êtes-vous exactement? Si je me souviens bien, votre belle-mère est Catherine
de Médicis et vous êtes mariée à son fils François. Vous venez d’Angleterre.
Dites-moi tout sur vos parents, votre mariage, vos enfants. Où habitez-vous? Vos
belle-mère et beau-père étaient-ils reine et roi de France?
Je vous
remercie par avance de votre réponse.
Tess
Très chère Tess,
Merci pour votre lettre. Je suis heureuse que vous
cherchiez à en savoir plus sur moi. Je vais essayer de retracer rapidement les
grandes étapes de ma vie.
Je ne viens pas d’Angleterre. Je suis née en
Écosse le 8 décembre 1542. Je suis l’héritière du trône d’Écosse par mon père
Jacques V d’Écosse. Je suis devenue reine à sa mort. J’avais cinq jours. Le père
de Jacques V d’Écosse était le fils de Jacques IV d’Écosse. Sa femme, Margaret
Tudor, était la fille du roi d’Angleterre Henry VII et la sœur du roi Henry
VIII. À la mort de ce dernier et de ses deux héritiers légitimes, Edward VII et
Marie Tudor, je suis devenue reine légitime d’Angleterre mais ma cousine
Elizabeth, bâtarde de Henry VIII et hérétique de surcroît, m’a volé ce trône qui
me revenait et n’eut de cesse de semer mon chemin d’embûches. J’ai passé les
cinq premières années de ma vie réfugiée dans le château de Stirling.
Ma
très chère mère, Marie de Guise, fut nommée régente d’Écosse pendant mon
enfance. Elle voulait le meilleur pour moi. Pour commencer, elle m’a éloignée de
ce si triste royaume. Je fus envoyé en France à cinq ans pour être fiancée au
dauphin François, fils du roi Henri II et de Catherine de Médicis. Je vécus dans
les plus beaux châteaux avec la famille de France. J’eus un très beau mariage
avec François à Notre-Dame de Paris le 24 avril 1558. En juillet 1559, Henri II
mourut à la suite d’un accident lors d’un tournoi. François et moi sommes alors
devenus roi et reine de France. L’Écosse, la France et l’Angleterre, une à une
j’allais perdre toutes mes couronnes. D’abord celle de France, puisque François
mourut le 5 décembre 1560 et qu’il paraissait clair que Madame Catherine ne
voulait plus de moi. Je suis alors rentrée en Écosse où je vivais aléatoirement
à Édimbourg ou à Holyrood, un château où je tentais en vain d’installer une vie
de cour.
Je ne m’attarderai pas sur ma vie en Écosse. Ce fut un enfer. Je
fus trahie par tous, ma cousine, mes plus fidèles amis, mon frère, mes deux
maris. Tant bien que mal, je tentais de garder une dignité et une autorité de
reine et, surtout, une fidélité sans faille au catholicisme. En juin 1567, je
fus emprisonnée par mes sujets qui me forcèrent à abdiquer et à remettre le
trône d’Écosse à mon fils Jacques. En mai 1568, je parvins à m’enfuir avec une
petite armée et ravalant ma fierté, je demandai asile à ma cousine, l’hérétique
reine d’Angleterre. Je suis restée prisonnière à Carlisle pendant dix-huit ans.
J’ai récemment été déménagée à Fortheringhay. Je n’attends plus rien de la vie
que la mort de ma cousine qui ferait de moi la reine d’Angleterre, ou ma propre
mort.
Voilà un petit résumé de ma vie, pour que vous puissiez me situer
dans le théâtre de l’Histoire et pour que l’on n’oublie pas que je suis une
martyre de ma fonction et de ma religion.
Respectueusement,
Marie
Stuart, reine d’Écosse |