Axelle
écrit à

Marie Stuart
| Très chère, Je ne vous connais pas; votre nom ne m'aide pas et j'en suis désolée. Pour vous consoler, je vous écris pour avoir des renseignements sur vous et votre entourage. Par quel moyen êtes-vous devenue célèbre? Merci bien. J'espère vous connaître davantage... Sincèrement, Axelle Très chère Axelle, Cela me désole que mon nom ne vous rappelle rien. Mais cela ne m'étonne pas. L'Histoire a vite fait d'oublier ceux que le destin s'est acharné à détruire. Je fus sacrée reine d'Écosse le 9 septembre 1543, environ un an après la mort de mon père James V. J'avais à peine un an et la régence était assurée par ma très chère mère Marie de Guise. Henry VIII roi d'Angleterre voulait me marier à son fils Edouard à condition que je devienne Protestante. Les Guise, comme chez les Stewart, sont de fervents protecteurs de la foi catholique et la régente n'a pas accepté une telle mésalliance. Elle s'est tournée vers son pays natal, la France. Le bon roi Henri II m'a accueillie à sa cour et je fus fiancée à cinq ans à son fils François. À mes dix-sept ans, François et moi devînmes roi et reine de France. Malheureusement, mon petit François avait une santé fragile et il mourut un an plus tard. Je me retrouvai veuve. À cette époque en Angleterre, Henry VIII et ses deux successeurs légitimes, Edward et Marie Tudor, étaient déjà décédés. Henry VIII n'avait plus d'héritier légitime car sa dernière fille, Élizabeth, était la fille d'une femme adultère qu'Henry avait condamnée à mort. La couronne d'Angleterre revenait donc à la descendance de la soeur d'Henry, Margaret Tudor. Cette dernière avait eu un fils avec James IV d'Écosse, James V, mon père. Par conséquent la couronne d'Angleterre me revenait de droit. Je suis retournée en Écosse, persuadée de récupérer une couronne qui me revenait de droit divin. J'étais persuadée que les peuples d'Écosse et d'Angleterre m'attendaient pour que j'unifie sous mon règne leurs deux pays. Je fus bien naïve! Élizabeth, la bâtarde protestante, s'était déjà emparée du trône d'Angleterre et comptait bien le garder pour elle. Durant mon séjour en France, elle avait financé l'Église protestante écossaise qui était devenue bien plus puissante que l'Église catholique. Ma pauvre mère était morte d'épuisement dans un pays hostile hostile à la France et aux Catholiques. Et voilà que j'arrivais pétrie des commandements de Rome et de culture française. Le plus absurde est que l'opposition protestante était menée par mon propre frère, James Stuart. Mon règne en Écosse fut court et difficile. J'ai épousé en deuxième noces Lord Henry Darnley. Bien qu'il fût catholique, il était à la solde d'Élizabeth et n'espérait que ma chute pour devenir roi. Ensemble nous eûmes un fils, James. Après quelques années tragiques sur lesquelles je ne souhaite pas revenir, Darnley fut assassiné par le seul homme qui m'était fidèle, James Bothwell. J'ai fait l'erreur de croire en son amour et je l'ai épousé pour qu'il devienne roi d'Écosse et qu'il protège mon fils, mon bien le plus cher. Malheureusement James n'était pas plus recommandable que les autres. Il était simplement assoiffé de pouvoir. Les lords écossais m'accusèrent d'avoir fomenté le meurtre de Darnley alors qu'ils le détestaient autant que moi, et me mirent en prison. Je ne revis jamais ni James Bothwell ni mon fils. Aussi absurde que cela puisse paraître, mon dernier recours fut Élizabeth, ma plus proche cousine, elle-même reine et elle-même femme. Elle m'adressa des missives pleines de bons sentiments, me promettant de m'accueillir et de me porter secours. C'était un piège de plus. Voilà quinze années qu'Élizabeth me retient prisonnière en Angleterre. C'est maintenant à elle de choisir. Elle peut choisir de sauver sa cousine ou bien de mettre à mort une reine de droit divin. Je sais ce qui la dérange: Élizabeth ne peut pas avoir d'enfant et je suis par conséquent son héritière directe. Or, tous les Catholiques attendent sa mort pour me voir monter sur le trône. Ils attendent cette mort, mais peut-être essaieront-ils de la précipiter. Je suis leur espoir. Et donc sa menace. La mort de l'une sauvera l'autre. Je n'ai jamais eu de chance. Je doute que le Seigneur me fasse la faveur de me choisir. Voilà l'histoire tragique d'une enfant sur qui trois couronnes se sont posées, d'une femme que trois hommes ont épousée, d'une victime qui s'attend à avoir la tête tranchée. Toujours fidèle à sa foi à une époque où les opportunistes font la loi. Mon dernier souhait est de ne pas être oubliée et je vous remercie, chère Axelle, d'avoir eu la curiosité de vous intéresser à la vie de la fille des Stuart et des Guise. En ma fin sera mon commencement. Dieu vous bénisse, Marie Stuart |