Une conclusion à tirer |
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| Cher Benedict, Plongé dans vos théories depuis quelque temps, je m'interroge sur la conclusion que je dois en tirer. Si le monde est déterminé et mécanique, comme on l'admet lorsqu'on atteint le second genre de connaissance, doit-on en déduire que l'on n'est point maître de sa vie? Doit-on penser que rien, ni l'amour, ni l'amitié, ni le plaisir ne découlent d'un choix volontaire, mais d'un pur hasard? Dois-je conclure, que lorsque je me lève de mon fauteuil pour prendre une bière dans le frigo, cette action est le résultat d'un désir extérieur à ma conscience, et que ce n'est donc pas moi qui décide de boire un peu de ce liquide doré? Certes mes exemples ne sont peut-être pas les plus parlants pour un philosophe de votre grandeur, mais j'espère que vous serez en mesure, malgré tout, de m'aider dans l'avancée de ma démarche philosophique personnelle! Bien à vous, amicalement. Fred |
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| Au très prosaïque et sagace Fred, Outre le fait que la consommation d'hydromel nécessite un ensemble de limitations qui ne se restreignent pas à l'espace restreint de l'appareil réfrigérant qui la contient, je dois aussi signaler que le qualificatif «mécanique» assigné au fonctionnement du monde est un terme extrême qui outrepasse mes vues sur la question, surtout eu égard à la perspective moderne qui est la vôtre et, aux vues de laquelle, les arts mécaniques sont très étroitement circonscrits. Mais le problème principal de votre commentaire réside dans l'opposition, que vous semblez vouloir diamétrale, entre «choix volontaire» et «pur hasard». Dois-je vous démontrer que certains choix volontaires se font par pur hasard, et que certaines réalités nécessaires sont extérieures à toute volonté des hommes. On pourrait, par exemple, citer la mort comme exemple de ce second cas, le fait de jeter une piécette à un mendiant qui passait par là comme exemple satisfaisant du premier cas. La conclusion que je vous suggère -si je la formule dans votre élégante terminologie moderne- serait: tout est corrélé. La prochaine fois que vous consommerez une bonne hydromel fraîche, méditez l'ensemble des corrélations proches et lointaines qui la porta jusqu'à vos lèvres, et vous retrouverez la fraîcheur inexorable de ma philosophie. Votre, Benedict de Spinoza |
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| Maître de Spinoza, Merci pour votre élégante réponse qui m'a apporté certains éclaircissements sur des questions existentielles. J'ai suivi attentivement votre conseil: désormais, je pense à tous les faits qui m'ont amené à boire une délectable hydromèle à chaque fois que j'en porte une à mes lèvres. Votre explication, sur la compatibilité du «pur hasard» et de «la volonté consciente» est d'une clarté lapidaire qui me permet d'avancer grandement sur le chemin de la philosophie... Grâce à des personnes de votre grandeur d'esprit, le monde me paraît de plus en plus intéressant, et je parviens à y puiser de plus en plus de joie quotidienne... Dans la continuation de ma démarche, je vous retourne une nouvelle question dans ma présente missive: Que voulez-vous signifier exactement par le troisième genre de connaissance? Un homme de qualité normal peut-il l'atteindre (autrement que par l'absorption d'une quantité énorme d'hydromèle, cela va sans dire, si vous me permettez la plaisanterie!)... Bien à vous, Fred (le sagace et prosaïque) |
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| Il s'agit fondamentalement du raisonnement. Il est accessible
à tout humain normalement constitué. Il se manifeste aussitôt
que vous cherchez un objet, ou supposez qu'une bougie se rallumera ce soir pour s'être
allumée hier soir et les soirs précédents. Il fonctionne mieux en l'état de nature que sous l'effet de substances euphorisantes qui ont comme résultat d'introduire brouillage entre la conscience des choses du raisonnement et l'élaboration des choses de l'imagination. Benedict de Spinoza |