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écrit à

   


Benedict de Spinoza

     
   

Une «colle»!

    Tiens? Salut, Baruch!

Tu as eu un jour cette idée pleine de drôlerie:

«J'ai de Dieu une idée aussi claire que celle que j'ai d'un triangle».

C'était réellement très marrant, ça oui alors!

Mais que dirais-tu de savoir que Dieu a une idée de toi aussi claire que celle qu'il a d'un atome de zirconium, hein?



Anonyme et pétulant correspondant, salut

J'en dis que votre «dieu» est un drôle. D'abord il pense... Il pense dans sa tête? Il a une tête avec un cerveau dedans? Des cheveux dessus? C'est donc un fétiche anthropomorphe, un faux dieu irrationnel.

Ensuite, il délègue ses actions (donc il agit: encore une anthropomorphisation). Il m'envoie une petit derviche, un zélateur sautillant et grinçant qui me cite ce qu'il pense de moi, ce à quoi il me compare. Naturellement le «glosateur» en question -vous- «cite dieu» sans renvoi direct à la source dont il affecte de se réclamer. Vous vous prenez pour quelque Gabriel cocasse et vous faites de moi un bien torve Mahomet... Ne savez-vous donc pas que l'intégrisme commence chez les dépositaires exclusifs de la parole de «dieu». Plus ils sont assurés, plus ils sont invérifiables, plus ça va saigner!

Votre «dieu» ratiocineur qui m'envoie un petit facteur farceur n'est pas le dieu substantiel de Spinoza. Spinoza n'en a donc cure. CQFD. Basta.

Signé: Benedict (et non plus Baruch)



Ha! Ha! Ha! Sacré vieux Baruch!

Tout de suite, tu montes sur tes grands chevaux -aïe! J’ai touché là où ça fait mal, m'est avis!- tu fais ta pucelle offensée et tu en oublies tes lorgnons!...Allez, redeviens un peu philosophe et revoyons ensemble ta misérable copie (si indigne de ta fameuse réputation, serait-elle usurpée, hum?)...

Où diable as-tu lu, dans mon message, que Dieu pensait? J'ai écrit «Dieu a une idée», ce qui est, conviens-en, un tantinet radicalement pas la même chose du tout, du tout! Les roseaux, les écureuils et les anémones de mer pensent (sans pour autant nécessairement avoir des cheveux sur la tête, ou même une tête), Dieu, Lui, a une idée.

Et quand bien même il Lui viendrait la fantaisie de prendre l'apparence d'un fétiche anthropomorphe, pourquoi et au nom de quel dogme Lui dénierais-tu cette merveilleuse liberté? Cela en ferait-il un vrai dieu rationnel? Qui t'a soufflé, d'ailleurs qu'il était rationnel, ton petit doigt? Ou bien as-tu accès à une liste tenue secrète de ce qu'Il est ou ce qu'Il n'est pas?...

Tu as fort mal interprété mes paroles: je ne te compare nullement à un atome de zirconium!... Ou bien, pire encore, tu n'as pas bien peser tes propres paroles! ...Tu étais pourtant plein d'humour en affirmant avoir une idée de Dieu aussi claire que celle que tu as d'un triangle! Ton discours était lumineusement prodigieusement truismement apocalyptiquement un progrès dans la conception du non-antropomorphique vieillard sans tête, sans cheveux et sans cervelle (puisqu'ainsi tu le conçois mieux). Moi, j'avais bien ri, oui! De joie et de contentement! Enfin une parole sensée au milieu de ces tonnes de verbiage enfantin, la perle dans les coquilles!... Et toi! Comment réagis-tu à ma légitime félicité? En me traitant comme un vulgaire valet d'écurie (ce que je me glorifie quelquefois d'être, au demeurant), comme un Gabriel moquant un Mahomet! Si tu veux parler d'Ange Gabriel, l'architecte du Petit Trianon, alors, merci du compliment, je veux bien être cet homme. Quant à Mahomet, je te laisse la paternité du qualificatif torve!...

Tu parles à présent de «la parole» de dieu (avec une minuscule et entre guillemets dans le texte, pourquoi Lui fixer de telles exiguës limites?): je te renvoie ton accusation dominicaine: Dieu a donc une parole sortie d'une bouche avec une langue et avec des dents? ...Non, je rigole, là!...

Ensuite, tu crois pouvoir t'en tirer en brandissant l'intégrisme sanguinaire des sabreurs de toutes les confessions laïques ou religieuses confondues...Ouais...

Enfin, tu évoques ton dieu «substantiel»...Tu ajoutes que Spinoza n'en a cure (du dieu substantiel?)... Tiens? Tu parles de toi à la 3e personne? ... Symptôme de la schizophrénie, ça!... En plus d'avoir rompu avec ta racine judaïque, tu ne facilites pas le travail des analystes qui auront le courage de se pencher sur tes pathologies...

Je suppose que ce «CQFD» est ta version du Tétragramme?...Et «basta» le résumé ultime de toute ta noble et sublime sapience? ...

Attention, pauvre Baruch, tu es envoûté! Un quelconque diablotin s'est emparé de ton esprit! Ha! Ha! Ha! Ha! Ha!...

Au fait, ma seconde question, même si tu n'as pas su répondre à la première, est: à quel triangle fais-tu allusion plus particulièrement?...(avec la maigre espérance que celle-ci sera entendue et qu'elle recevra réponse intelligible -et ...courtoise!)

Signé: Élie (le petit derviche sautillant, grinçant, farceur et cocasse).



Commencez par tracer un triangle sur la vôtre de copie et on verra si la géométrie vous autorise autant d'arguties que votre théocratie irrationnelle et faussement iconoclaste. Profitez-en dans le mouvement pour revoir l'écriture du mot suivant: BENEDICTUS.

Spinoza



Ha! Ha! Ha! Ha! Ha! Sacré vieux Baruch, comme tu es drôle en vieux maître d'école en piteuse blouse grisâtre, vilipendant le pire cancre du lycée Papillon! Il faut dire qu'ingurgiter de force ton abominable logorrhée (j'ai failli dire diarrhée), ça donne envie de prendre la clé des champs buissonniers...

Tu n'es pas philosophe pour deux sous, garçon!...Tu professes des vagues leçons grandiloquentes de morale chrétiennisantes bien mémorisées et te gargarises de tes adjectifs sagacistiques et pénétrantesques... Je mets en garde quiconque essaierait de te prendre au sérieux; tu dissimules sous tes airs de docte hibou poussiéreux un véritable tartuffe censurogène doublé d'un sicaire qui ne demande qu'à passer à l'acte, et là tu es nettement moins drôlatique!...

Je constate -avec fatalité- que tu t'es une fois encore, mépris sur mes nobles et louables intentions. Mon gentil propos n'a pas trouvé grâce à tes vénérables yeux de savant patenté...Tu as dû confondre, comme le fait ordinairement le ratiocinateur ordinaire, le fond et la forme de mon message...Tu t'es laissé abuser par la pantalonnade de mes glyphes! Tu es tombé dans le plus grossier des pièges qu'un homme véritable aurait tout de suite écarté! ... Il aurait peut-être fallu me prosterner sept fois front contre terre devant ton auguste figure, avant d'avoir l'outrecuidance d'oser m'adresser à toi, ô césar de la sérénissime pensée! De m'adresser, que dis-je? De bafouiller, de bredouiller, de babiller ma grotesque ignorance jusqu'à ta sublime oreille condescendante, car c'est ainsi que tu envisages le dialogue entre immortels, sans doute... Mais la raison en est, je le soupçonne, que tu ne parviens guère à y apporter de réponse JUSTE!... Tu n'as rien compris à mon interrogatoire, voilà le fin mot de l'affaire!...

Je crains que mes deux questions ne demeurent pour toi une énigme insoluble, et pour moi un mauvais moment passé en ta sinistre compagnie... Le sphinx est mécontent de es réponses (1)...

Continue à polir tes besicles, grand Baruch, tu en as besoin! ... Oh, pas Baruch, c'est vrai! Eh bien salut, benêt, puisque tu tiens tant à ce nom!

Signé: «le facteur faussement iconoclaste».

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Note de Dialogus: Faut-il lire «de tes réponses» ou «de mes réponses»? Même le Sphinx n'a pas été capable de nous éclairer.