Tourment
       
       
         
         

idelec_indusrie@swing.be

      Très cher Benedict,

J'aurais aimé poser une question à M. Descartes mais n'étant plus là pour y répondre, je voudrais avoir votre avis à ce sujet. N'y voyez aucun manque de respect en votre personne si je vous la pose dans ces conditions, mais plutôt parce que vous êtes une autre de mes références philosophiques. 

Bien à vous,

Paolo

En voici la copie:

Cher Monsieur Descartes,

J'ai une question qui me torture l'esprit depuis des années et j'espère que voudriez y répondre malgré tout.

Si l'âme est immatérielle donc sans influence par rapport à l'état du corps, pourquoi peut-on constater qu'à un moment donné l'esprit est influencé par une maladie dite cérébrale?

Je crois au fond de moi être de votre avis mais cette particularité empoisonne mon esprit.

 

       

 

       
Benedict_de_Spinoza   Au très dubitatif Paolo,

Vous m'adressez cette question portant sur l'union de l'esprit et du corps alors que vous la destiniez à Cartesius, qui, je pense, ne vous mérite point tant que vous le pensez. Vraiment je ne puis assez m'étonner que ce philosophe, qui s'était fermement résolu à ne rien déduire que de principes connus en eux-mêmes, et à ne rien affirmer qu'il ne perçût clairement et distinctement, et qui avait si souvent fait reproche aux Scolastiques de vouloir expliquer les choses obscures par des qualités occultes, soutienne une hypothèse plus occulte que toute qualité occulte. Qu'entend-il, je le demande, par union de l'esprit et du corps? Quel concept clair et distinct, dis-je, a-t-il d'une pensée très étroitement unie à certaines petites portions de la quantité? Je voudrais vraiment qu'il eût expliqué cette union par sa cause prochaine. Mais il avait conçu l'esprit tellement distinct du corps, qu'il ne put assigner aucune cause singulière ni à cette union ni à l'esprit lui-même et qu'il lui a été nécessaire d'avoir recours à la cause de l'Univers entier, c'est-à-dire à Dieu. Il en résulta sa perplexité autant que la vôtre.

Retirez la portion divine -l'âme- de votre question, et il devient limpide que la maladie du cerveau et de tout le corps affecte l'esprit comme la déficience de la source de lumière affecte la lumière même. Voilà qui est répondu autant pour le bénéfice de votre problème, que pour celui de la bonne distance à maintenir entre mes vues et celles de Cartesius.

Vôtre,

Spinoza