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Benedict de Spinoza

     
   

Modestie

    Cher monsieur Spinoza,

J'aimerais savoir ce que vous pensez de la modestie. Est-ce que le fait d'être modeste n'est pas une vanité en soi? Je m'explique. Lorsqu'on affirme être modeste, c'est une prétention et, donc, ce n'est pas une preuve de modestie. Pour être vraiment modeste, faut-il ne pas s'en rendre compte et laisser autrui le découvrir?

Merci de m'éclairer sur ce sujet.



Au très fin et subtil David Derrier,

Vous avez formulé fort heureusement le tout de la contradiction motrice inhérente à la modestie. Pour compléter votre propos fort raisonnable sur la question, souffrez un bref codicille sur la vanité.

Acceptons d'admettre que la vraie modestie, justement celle que vous réclamez de vos sages voeux, s'acquiert et que, si non acquise, si spontanée, primesautière, enfantine, elle n'est qu'une ignorance un peu sotte et falote des tentations et des charmes futurs de ce monde. Il découle de ce caractère acquis de la modestie l'idée voulant que la vanité soit une étape décisive dans le cheminement vers la modestie à laquelle vous pensez. La grande modestie profonde et sincère, celle du vieillard serein ayant vu la vie, est fondamentalement une fracture de vanité. On peut citer ici, pour comparaison et réflexion, l'image archétypique et légendaire de Paul de Tarse, citoyen romain infatué et matamore, accédé à la toute simple modestie chrétienne par un foudroiement divin le désarçonnant du destrier de sa vanité belliqueuse.

Conséquemment, je ne saurais trop vous recommander un peu d'indulgence envers la vanité, surtout la vanité de la jeunesse. Nombre de vaniteux évaporés de ce jour sont les futurs grands modestes de demain, qui se tortillent simplement parce qu'ils ne sont pas encore sortis de leur oeuf.

Vôtre.

Spinoza



Merci de votre réponse. Donc, si je comprends bien, la modestie est une vertu uniquement si elle est naturelle. Si cette modestie n'est pas naturelle et malhonnête, elle peut être comparée à un stratagème dont le dessein serait de faire dire par d'autres tout le bien que l'on pense de soi-même.

On pourrait en dire autant d'autres qualités du genre humain, telles que la simplicité qui, lorsqu'elle est provoquée et pas naturelle, est futile, ne pensez-vous pas?

Amicalement.

David



Oui, je le crois. N'est éthique, de toute manière chez l'humain, par principe axiomatique, que ce qui découle de la nature de l'humain.

Spinoza