Alexis Piat
écrit à

   


Benedict de Spinoza

   


Liberté, mort, psychanalyse, bonbons, crèmes glacées...

   

Monsieur de Spinoza,
 
Je vous prierai, tout d'abord, d'excuser la naïveté de mes questions. Je suis encore jeune et mon initiation à la philosophie est récente.
 
Bon, j'allais commencer par vous demander d'expliquer votre définition de la liberté, que je comprenais mal, mais votre correspondance passée m'a aidé à mieux situer ce qui m'échappait.

J'ai cependant une autre question: vous dites qu'il subsiste quelque chose d'éternel de l'esprit après la mort du corps (Ethique, 5e livre, proposition XXXIII), en expliquant que c'est (j'essaye de restituer ça de mémoire, pardonnez-moi si ce ne sont pas exactement les termes employés) l'essence de cet être humain précis en dieu. Or, si je puis m'autoriser une comparaison quelque peu hasardeuse, si vous faites deux gâteaux avec le même moule, la même recette et les mêmes ingrédients, vous n'aurez que deux gâteaux identiques: ce ne sera en aucun cas le même gâteau. De même pour l'esprit: mon esprit est fatalement amené à disparaître au terme de l'existence de mon corps, même s'il peut y en avoir ensuite un similaire, ce ne sera pas «le mien».

D'autre part, vous affirmez que la tristesse est dans ce qui diminue la perfection, ou encore la puissance d'agir (3e définition, 3e partie de l'Éthique.). Vous affirmez d'autre part que l'homme, mené par la raison, prend autant en compte les sentiments présents que les sentiments à venir(proposition LXVI de la partie 4, toujours dans l'Éthique). Dès lors, comment ne pas craindre la mort lorsque l'on est guidé par la raison? En effet, rien ne diminue autant la puissance de l'esprit que sa destruction: CQFD, pour reprendre une expression qui vous est chère.
 
Bon, permettez que je m'écarte un peu du sujet, mais il existe sur Dialogus un certain Sigmund Freud avec lequel vous pourriez, à mon avis, avoir une correspondance intéressante, notamment sur le fonctionnement de l'esprit et des émotions.
 
Pour finir, et juste pour vous enquiquiner, parce que vous êtes extrêmement logique et parfois même un petit peu trop, j'attaquerai la scolie II de la proposition XL (Partie 2), dans laquelle vous dites: «Soient les nombres 1, 2, 3, il n'est personne qui ne voie que le quatrième nombre proportionnel est 6». Moi, comme ça, j'aurais plutôt dit 4...
 
Respectueusement, et avec même une bonne dose d'admiration pour votre «putain de bouquin».
 
Alexis Piat




Au très sagace et futé Alexis Piat,


Voici: 1+2=3, 1+2+3=6. Vous le voyez maintenant, ce qui ne se voit pas tout de suite? Vous en viendrez de similaire manière à voir à ne plus craindre la mort.

Pour ce qui en est de ce monsieur Freud, là, c'est moi qui ne voit pas. Et pour tout le reste de votre intervention, qu'en dire, sinon merci de lire ma correspondance antérieure avant de questionner. Peu le font et c'est fort dommage.

Spinoza