L'éternité
       
       
         
         

idelec_indusrie@swing.be

      Cher Benedict,

Mille idées me traversent l'esprit, et une question se pose.

Je pense que la mort donne la vraie valeur à la vie. 

Je m' explique, nous sommes tentés de profiter au maximum de notre vie car elle a une fin. D'autant plus que nous ne contrôlons pas sa longévité. Une théorie consiste à prétendre que nos actes servent les générations futures, que nous nous efforçons de construire un monde meilleur. Je crois au contraire que pour la plupart d'entre nous, nous profitons de l'acquit de nos Pères afin d'assouvir notre soif de connaissances, dans le domaine dans lequel nous avons choisi de nous consacrer, et ce, pour une raison ou pour une autre. Je pense plutôt que c'est ce processus que l'on appelle l'évolution.

J'aimerais comme beaucoup d'autres croire à une vie éternelle après la vie terrestre. Voici ma question:
- Si la mort donne le goût à la vie, quelle serait la logique d'une vie éternelle après celle-ci?

Je n'ai cité que quelques-unes de mes idées, et j'avoue qu'elles ne sont ni développées ni approfondies. Néanmoins j'espère avoir réussi à vous faire saisir l'idée générale.

Bien à vous, très cher Maître...

Paolo

 

       

 

       

Benedict de Spinoza

      Votre postulat assigne à la vie terrestre des qualités qui devraient découler de son caractère fini. Il est questionnable en ce sens que de nombreuses facettes louables de la vie valent pour elles-mêmes plus que dans leurs limites, ou dans celles de la vie. Mais si j'assume malgré tout ce postulat questionnable, j'en conclus que la vie éternelle perd de l'intérêt, ce qui, je l'avoue un peu sous cape, me sied passablement.

Vous confirmez donc de façon piquante un fait maintes fois observé chez les plus sots comme chez les plus sages: il est possible dans le sein du raisonnement naturel de tirer une conclusion raisonnable d'une prémisse fausse, incomplète, inexacte, ou frivole.

Benedict de Spinoza