Finitude de Dieu
       
       
         
         

guillaume@dechamplain.org

      Cher Monsieur Spinoza,

Croyez-vous que Dieu soit infini au sens grec, c'est-à-dire illimité, ou croyez-vous plutôt que c'est notre incompréhension de Dieu qui le rende infini?

Je suis actuellement, suite à la lecture du livre de Job, aux prises avec ce dilemme. Prière de m'éclairer.

Le Grand Irshmourth

 

       

 

       

Benedict de Spinoza

      Au très spéculatif et investigatif Irshmourth,

L'identification de dieu à la réalité naturelle est le fondement de mon système de philosophie. Il découle de ce fait que l'infinité de la réalité de la nature est DE FACTO l'infinité divine. Celle-ci est donc d'Être et non de connaissance, et notre incompréhension n'a pas grand chose à y faire, autre que de s'affliger de la si mal embrasser.

Spinoza
 
 

guillaume@dechamplain.org

  Cher Spinoza,

Moi qui croyait vous tendre un piège. Vous sachant d'arrière-plan Juif, j'avais en tête que pour vous Dieu était infini par l'impossibilité que nous avons de Le comprendre. Cette idée se manifeste chez un certain monsieur Lévinas, que vous avez peut-être croisé au fil de vos pérégrinations temporelles.

Ceci dit, si Dieu est infini au sens où il est illimité, c'est qu'il possède une infinité d'attributs. Or, je vous prie d'excuser mon scepticisme, la nature ne semble pas dotée d'une si grande diversité. J'ai tenté par moult méditations de comprendre cet ordre naturel afin d'y conformer mon propre esprit, mais je n'y suis guère parvenu. 

Doit-on croire que cette infini diversité existe en Dieu comme puissance d'être? Hélas, cette idée me déplait d'avance et je ne saurais vous prier assez de l'expurger de mon esprit par quelque argument.

Amicalement,
Irshmourth
 
 

Benedict de Spinoza

  Au très docte et très circonspect Irshmourth,

Il me semble que vous décrétez la finitude de la nature sur ce ton péremptoire qui est celui des drapiers d'Amsterdam qui affirment, à qui veut bien les entendre, que leurs toiles sont les plus douces et les plus moelleuses de tout l'Orient et de tout l'Occident. Force est à l'esprit rationnel de se questionner sur l'exhaustivité de la vérification sur laquelle se base ces affirmations de commerçants. Le fait est que la nature ne se réduit en rien à ce maigre potager qu'est notre entourage immédiat. Avisez vous du fait qu'il y a lieu d'entendre par nature rien de moins que la totalité de l'existence. Sa finitude en temps et en espace n'est rien de moins que l'attestation cruelle de la finitude de nos sens et de notre capacité spéculative. Il est de l'être existant que notre savoir a encore à atteindre. La finitude de cet être non-rejoint n'est pas démontrée. Le contraire semble la notion la plus juste à se donner de l'intégralité de l'existant.

Pour ce qui est de la puissance de dieu, il est impossible de ré-introduire cette idée sans de nouveau anthropomorphiser l'entité assurant la cohésion de l'existence. Cela n'est pas acceptable, comme je m'en suis amplement expliqué dans ma philosophie.

Spinoza