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Benedict de Spinoza

     
   

Éthique III

    Salut M. Baruch Spinoza,

Je suis en train de lire votre livre Éthique III, Proposition 59. Je souhaiterais avoir un exposé beaucoup plus général sur votre proposition 59. Et ensuite j'ai lu les Affects mais je n'arrive pas à cerner le fond des affects. Quel est le lien entre les affects primaires tels la joie, le désir et la tristesse avec les affects secondaires tels la joie et la haine. Pourriez-vous me donner une définition des affects.

Merci
 

À la très pénétrante et méticuleuse Ketsia Duvers,

Je me félicite que, dans la première partie de votre question, vous fournissiez la numérotation du point de mon OPUS MAXIMUS sur lequel vous me priez de commenter. Je m'autorise à signaler pour mémoire que la proposition LIX (59) de la troisième partie de mon ouvrage, que vous connaissiez sous le titre ÉTHIQUE, se lit comme suit:

Parmi tous les sentiments qui se rapportent à l'esprit en tant qu'il est actif, il n'en est pas qui ne se rapportent à la joie ou au désir.

Je suis obligé, par contre, de m'étonner que vous réclamiez un «exposé plus général» de cette proposition, qui me semble d'un degré de généralité parfaitement satisfaisant. Relisez, s'il vous est loisible, le scolie suivant cette proposition et revenez-en tributaire d'un questionnement plus articulé et plus précis, que nous puissions discuter le problème par le menu. Car en l'état de votre requête, je ne vois pas comment je pourrais reformuler ladite proposition LIX (59) pour vous satisfaire.

Sur cet autre passage à propos des «Affect», je suis obligé de vous réclamer le renvoi chiffré à mon opus, comme vous le fîtes si heureusement en votre première interrogation. En effet, attendu l'inévitable perte en traduction* qui s'impose à nous par delà les siècles qui nous séparent, je suis dans l'incapacité la plus cruelle de comprendre à quel fragment de mon oeuvre vous faites référence par ce titre évasif d'étrange Escorche-Latin.

Avec l'espoir ardent de pouvoir vous aider plus avant,

Spinoza

* Monsieur de Spinoza, qui pense tout ce qu'il nous écrit dans son Latin de Lettré du Grand Siècle, n'arrive par à décoder si par «Affects» il faut entendre ce qu'il appelle en latin AFFECTIONES, c'est-à-dire les modifications corporelles résultant des sentiments, ou simplement les émotions elles-mêmes qui, en français moderne, se nomment effectivement «affects». NDLR