Lily Saez
écrit à

   


Socrate

     
   

Une question et une demande

    Une question et une demande

Monsieur Socrate, bonjour,

Je fais partie de vos plus grandes admiratrices, et je me suis toujours posé la même question à votre propos: pourquoi vous êtes-vous autant intéressé à l'Homme? C'est vous qui avez fait descendre la philosophie du ciel à la terre et j'aimerais bien savoir pourquoi ou la raison qui vous a poussé à le faire...

Je dois faire un exposé de philosophie la semaine prochaine, le thème c'est «l'histoire de la philosophie» mais le but réel c'est essayer de faire comprendre puis faire aimer la philosophie à mes camarades de 1re. Avez-vous des conseils à me donner ou quelques petites astuces à me révéler pour que je puisse être convaincante et crédible un maximum.

Je vous remercie mille fois d'avance de me consacrer un peu de votre temps.

lily.



Lily,

Je m'intéresse à l'humain parce que je m'intéresse à l'existence et l'humain est la mesure de sa propre existence. Quiconque jardine devient à un moment ou à un autre attentif aux outils de jardinage.

Tes amis, tes pairs, il faut leur parler simplement. Éviter le blabla sophiste et la phrasidote creuse. Éviter aussi -indéracinable engeance- la pleutrerie servile et idolâtre à l'égard des grands penseurs du passé (ou grands passeurs du pensé), peinturlurés comme autant de potiches creuses censées renfermer la lavasse de la sagesse. Socrate-Platon-Aristote-Gnagnagna, Aristote-Platon- Socrate-Gnagnagnagna-gnagnagnagnère. Ineptie.

Ton histoire de la philosophie a été écrite par de pauvres ilotes. Un seul exemple: demande-toi simplement, et sans arrière-pensée aucune, comment un philosophe peut être assez bête pour être pré-socratique... Franchement.

Parle Catégories plutôt que de parler penseurs. Tu parleras alors aussitôt du fondamental plutôt que de parler de l'anecdotique. Être, Connaissance, Mouvement, Stabilité, Cause, Effet, Contradiction logique, Contradiction verbale. Tu tiens dans ces quelques notions-forces toutes les questions fondamentales ayant été traitées par les Hellènes quand ils gardaient leurs moutons ou baguenaudaient sur l'Agora.

Il faut en parler toi-même plutôt que de ruminer dans ce que l'hydre Socrate- Platon-Aristote a pu déglutir à leur sujet du fond de sa fosse fétide et mal documentée...

Socrate
 

Très cher Socrate,

Merci beaucoup pour vos conseils, ils m'ont réellement été d'un grand secours.

Mais j'aimerais bien, si cela ne vous dérange pas trop, connaître la vision des philosophes ou de la philosophie sur ce mot ou concept: l'amitié. C’est un grand mot, l'amitié, pourquoi l'Homme en sent-il tant le besoin? Quelle place occupe-t-elle dans notre vie et pourquoi? Comment la voyez-vous cette relation humaine, ou ce sentiment humain?

Merci beaucoup, de me consacrer un peu de votre temps, j'ai un deuxième exposé, cette fois-ci en français et j'aimerais bien avoir un avis philosophique sur la question.

Merci encore.
 


L'amitié est une conscience. C'est la sereine conscience de notre inexorable dépendance envers le reste de la polis. Quiconque rejette l'amitié se masque simplement le fait qu'il ne peut pas vivre sans les autres. Il se cantonne alors dans une demeure bâtie par d'autres, se roule dans un lit inévitablement construit par quelqu'un, se masque les yeux avec une étoffe tissée par d'autres encore, et balbutie des imprécations contre le genre humain dans une belle langue ciselée et subtile qu'il a apprise d'autres, encore et toujours.

L'humain est l'aune qui mesure toute chose. On entre en amitié quand on décide de jouer profitablement du versoir de l'aune.

Socrate