Un dialogue véritable
       

       
         
         

Margaux

      J'ai eu mon premier cours de philosophie il y a moins d'un mois, et mon professeur m'a fait vous découvrir vraiment. Je vous voyais vieux monsieur enfermé dans sa maison lugubre dans une ruelle d'Athènes, plongé dans ses livres et ne sortant jamais, enseignant à quelques rares élus sa science. Et vous êtes tout le contraire! (enfin selon mon professeur) un homme allant vers les gens sans cesse, et se questionnant sans penser détenir la moindre vérité, en essayant d'en trouver une avec le reste du monde.

J'ai donc une question à vous poser (question que je n'aurais jamais posée à un lugubre vieillard dans une ruelle athénienne), vous qui sans cesse cherchez à dialoguer, parler, discuter avec les gens, quelles sont les conditions favorables, pour ne pas dire parfaites, d'un dialogue véritable? 

Merci,

Margaux, 16 ans
         
         

Socrate

      L'intimité égalitaire. Il faut être détendus, étendus l'un contre l'autre après un bon repas, ou une belle étreinte amoureuse, et laisser les thèmes flotter entre nous, d'une voix calme, les bouches très proches. Il ne faut pas hésiter à s'éparpiller un peu. Il ne faut pas que ce soit une joute, ou un tournoi, encore moins une dispute... plutôt une recherche. Un peu comme si on cherchait ensemble une boucle de tunique égarée, plus amusés qu'agacés par la situation. Il n'y a pas d'aspiration polémique qui nous anime dans ces situations, juste la volonté toute simple, presque badine, de régler ensemble un problème.

Le meilleur de tous les dialogues, c'est la conversation, intime et douce, entre proches.

Socrate