Cynthia
écrit à

   


Socrate

     
   

Ton procès

   

Bonjour Socrate,

Tu es un personnage assez fascinant, c'est pourquoi j'ai choisi de faire un travail pour l'école, sur toi, plus particulièrement sur ton procès, les raisons de ta condamnation, ton refus de t'évader alors que tu en avais la possibilité, ton ironie, toujours présente, même lorsque tu te sais condamné à mort. Je voulais savoir si tu ne connaissais pas des livres ou des sites internet intéressants et pertinents. Pour te donner une idée, je suis en dernière année au lycée en Belgique, donc en rhétorique, j'ai dix-sept ans, et ce travail doit faire minimum vingt pages. J'ai déjà fait le contexte dans lequel tu vivais, mais j'ai un peu de mal avec ta philosophie et ton procès.

Merci d'avance de ta réponse.

Bien à toi

Cynthia


Site inter... quoi?

Il n'y a que moi que je puisse te fournir pleinement, Cynthia, discutons.

Socrate


Parfait, voici donc ma première question: je n'ai pas bien saisi pourquoi tu as été accusé d'introduire de nouveaux dieux dans la cité. Était-ce par rapport à ton démon intérieur, qui te dictait ta conduite?

J'espère avoir été compréhensible. Merci beaucoup de l'aide que tu me fournis.

À bientôt donc,

Cynthia


Je ne sais pas. Qui m'accuse?

Socrate


Lycon, Anytos, et Mélétos prétendent que tu corromps la jeunesse, que tu introduis des nouveaux dieux, et que tu ne respectes pas les divinités de la ville. Je te demande donc pourquoi ils ont porté de telles accusations. Mais peut-être que toi-même tu n'en connais pas la raison. Ne peux-tu pas m'éclairer sur ce point?

Cynthia



Je ne veux pas de la sensiblerie démocrate et je défends nos traditions les plus séculaires. On ne se fait pas que des amis en agissant comme cela dans l'Athènes des Trente Tyrans...

Socrate


Merci beaucoup. Voici donc une autre question, je sais qu'elle n'est pas très pertinente, mais pourquoi n'as-tu rien écrit toi-même? À mon époque, cela aurait évité bien des problèmes et polémiques.

J'ai déjà vu des théories pour le moins étranges te concernant, par exemple: «Socrate était un homme qui cherchait à établir une tyrannie à Athènes dont il était le chef suprême». Toi, qu'en penses-tu?

À bientôt,

Cynthia


Du mal...

Je n'écris pas parce que je m'embrouille avec les stylets et la cire. Je préfère parler, ça s'imprime mieux dans les esprits.

Socrate


Oui, je comprends.

Quelle est ta vision du vrai, cette vérité qui selon toi est présente en chacun de nous, quelle est-elle exactement? Je ne saisis pas très bien ce concept.

Cynthia


Cynthia,

Une réflexion adéquate arrive toujours à dégager la vérité profonde qui se dissimule sous la fluctuation des apparences. Le lait reste blanc quelle que soit la distortion de ton oeil. Sa blancheur n'est pas au fond de toi mais dans la coupe.

Socrate


Merci, l'exemple du lait m'a beaucoup aidée. Je comprends mieux maintenant.

Quand tu dis que personne n'est méchant volontairement, qu'entends-tu par là?

Cynthia




Tu m'as cité des médisants disant: «Socrate était un homme qui cherchait à établir une tyrannie à Athènes dont il était le chef suprême». Ça m'a blessé. Tu ne l'as pas fait volontairement...

Socrate



Mais là, je n'étais pas méchante puisque j'ai dit que ces théories étaient étranges, ça veut dire que je n'y crois pas, ce n'est donc pas moi qui pouvais te blesser. Mais si tel est le cas, je m'en excuse et comme tu le dis, ce n'était pas volontaire.

Imaginons un exemple: Alexandre a reçu un jouet pour sa fête. Iasson, son petit frère vient le casser car il est jaloux. Et puis, Alexandre se venge et vient frapper son frère, n'est-ce pas être méchant volontairement? Sophie arrache les ailes d'une mouche juste pour s'amuser, c'est aussi volontaire, non?

Car moi je pense que si l'on doit admettre que ce n'est pas volontaire, cela veut dire que Iasson n'est pas responsable de ce qu'il a fait, c'est la jalousie qui l'a mené à faire cela, et il ne l'a pas contrôlé. De même que pour Alexandre, ce n'était que légitime vengeance alors et pour la mouche, Sophie en avait peur, et c'était un moyen comme un autre de s'en débarasser. Mais alors, personne n'est vraiment responsable de ce qu'il fait, et finalement, tout le monde fait ce qu'il veut puisqu'il n'en est pas responsable!

Merci de m'éclairer,

Cynthia


Tu réponds parfaitement à tes propres exemples. Mais quand tu passes du non-volontaire au non-responsable, tu glisses un peu vite. Voilà qu'ayant un peu abusé d'un mauvais vin, je vomis sur le dallage. C'est là un geste involontaire, mais je suis quand même responsable du nettoyage du regrettable résultat.

Socrate



Je croyais que Socrate assumait très bien le vin et qu'il n'était jamais saoul...

Pour moi, lorsque l'on dit que quelqu'un n'est pas méchant volontairement, c'est que c'est quelque chose qu'il ne contrôle pas vraiment. Mais s'il ne le contrôle pas, il ne peut pas en être tenu pour responsable, non? Du moins, moi, c'est comme cela que je vois les choses, mais je me trompe peut-être. On me dit souvent que j'ai un esprit trop cartésien, c'est peut-être cela que ça veut dire.

D'un autre côté, je comprends ton point de vue, même si je ne le partage pas.

Cynthia



Carté... quoi?

Socrate



Cartésien, ienne: adjectif. Relatif à Descartes, à ses théories, à sa philosophie. Le rationalisme cartésien. - Math. repère cartésien. Système d'axes cartésiens. Coordonnées cartésiennes. Partisan de la philosophie de Descartes. - N. Les cartésiens. Par extension. Esprit cartésien, qui présente les qualités intellectuelles considérées comme caractéristiques de Descartes. => clair, logique, méthodique, rationnel, solide. Des individus «solides, pondérés, cartésiens comme des boeufs» (Aymé). Contraire. Confus, mystique, obscur.

Dans Le Nouveau Petit Robert, Paris, 1996.

Dans mon cas, c'est la définition par extension dont il faut tenir compte. Je sais que tu ne connais pas Descartes, mais ce n'est pas là l'important, j'ai un esprit un peu trop logique, méthodique et rationnel pour la philosophie je crois. C'est tout.

Au plaisir de te renseigner.

Cynthia



C'est un plaisir profondément mutuel.

Socrate



Heureusement...

Quand s'est manifesté pour la première fois ton «daïmôn», lorsque tu étais adulte ou enfant?

Cynthia



Enfant, certainement. Il a toujours été là. Et le tien?

Socrate.



Je n'irais pas jusqu'à dire que j'ai moi aussi un daïmôn, juste une bonne conscience, là aussi certainement depuis l'enfance. Pour le moment, je ne me sens pas l'âme de mourir pour une cause. Disons que la mienne est plus pondérée que la tienne; de plus, la condamnation à mort n'existe plus dans mon pays. Pour faire valoir une cause, il y a d'autres moyens. Je serais plus pour une révolution pacifique dont je ne serais pas la meneuse, ce n'est pas dans mon caractère... je m'égare.

On entend souvent que Xanthippe était fort déplaisante, est-ce que tu l'aimais vraiment? Tu n'es pas obligé de répondre. La question peut paraître déplacée ou indiscrète, mais en fait, tu sembles très libre, tu n'as pas peur de la conséquence de tes actes, pour cela je te vois mal accepter d'épouser une femme peu agréable. En même temps, choisir une personne déplaisante, c'est original.

Cynthia



Xanthippe est très bien. Ceux qui la dénigrent la comprennent fort mal. Elle est l'épouse de Socrate, ce n'est pas de tout repos. Je l'aime tendrement et j'ai toujours un pincement au coeur quand elle se fâche.

Socrate



Est-il vrai que tu as une autre femme? Combien d'enfants as-tu? Aujourd'hui, nous ne le savons pas. Leur enseignes-tu quelque chose?



Je n'ai qu'un fils et c'est lui qui m'enseigne tout.

Socrate


Marrant, ce n'est pas ce qu'on raconte à mon époque... Je crois que je peux enfin dire que je t'ai plus ou moins cerné. Une dernière petite question, imaginais-tu les conséquences que ta mort a eues sur la philosophie, sur notre monde actuel, sur la conception de la justice (et les erreurs judiciaires)? Tout cela était-il calculé?

Cynthia


Comme je suis encore vivant, je me dois de te répondre: non.

Socrate


Eh bien, je rends mon travail dans une petite semaine. Je te remercie pour toutes les informations que tu m'as fournies.

Bien à toi.

Cynthia


Une semaine. Cela te donne une éternité pour me trouver.

Socrate


Te trouver? Je ne me rappelle pas avoir dit que je te cherchais.

Cynthia


Non? Eh bien voilà, tu viens de trouver Socrate.

Socrate