Platon-Lois-Oedipe |
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| Bonsoir, Puis-je vous poser deux petites questions (je pense que vous avez les réponses, malgré votre en oida, ti esti ouden oida, kai touto oida), non plutôt trois: Monsieur Platon (aka Aristoclès) retranscrit dans ses oeuvres beaucoup de discussions que vous auriez eues avec lui. Dès lors, ne déforme-t-il pas vos propos? N'introduit-il pas sa vision des choses, son jugement? La deuxième question dépend de la première réponse, mais aussi de la chronologie, car je ne sais si vous avez vécu les événements suivants: lorsque Criton vient vous voir dans votre cellule, après votre procès, il tente de vous convaincre de vous évader. Vous évoquez pour lui répondre votre croyance inébranlable à l'équité des Lois athéniennes. À ce moment êtes-vous dans un état de détachement total, un stoïcisme final avant que le bateau sacré revienne de Délos? Ou bien cachez-vous vos sentiments humains de peur et d'angoisse? La troisième question est: que pensez-vous de la quête du savoir par Oedipe? Est-il homme? (très) respectueusement, Sébastien Molière |
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| Salut, De ta première question je te dirai que rien ne lie ce garçon à une fidélité servile à ma parole. Vous l'avez renommé Platon, pourquoi ne ferait-il pas de mon enseignement un canal pour diffuser sa propre vision de la vérité. Ce faisant, il me traite comme mes pairs traitent les dieux, les héros, et les rois. C'est là le relais inévitable des choses dites. Pourquoi t'en formalises-tu autant? Ces événements que tu évoques sont probablement FUTURS pour moi. Tu m'y apprends qu'on me condamne de par la loi athénienne pour mes idées. C'est maintenant, juste à ce moment de ma vie, que je ressens angoisse et peur. Mais comme désormais, je sais, je t'assure que je serai prêt. Sois remercié. C'est quand il met sa main sur l'épaule d'Antigone qu'Oedipe devient vraiment homme. Quand il a compris qu'il n'y voit pas, n'y a jamais vu, et que sa descendance le guide comme il guida jadis Jocaste. Avant ce crucial moment Oedipe n'est pas maître de la destinée qui le porte. Il est donc monstre polymorphe, bariolé, disparate, et contradictoire, tel le Sphinx -son net reflet- qui, vaincu au jeu de l'énigme, se jette au bas d'un précipice et meurt de ne pas avoir fait battre des ailes que sa nature et sa définition lui avaient pourtant cousues aux épaules. Socrate |
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| Monsieur Socrate, Tout d'abord je vous remercie de vos réponses et je m'excuse platement de la manière abrupte par laquelle je vous ai exposé un peu de votre futur; mais je me permets de revenir sur le mythe d'Oedipe, car c'est quelque chose qui m'intrigue. Il montre encore une fois que le destin de chaque homme est scellé avant la naissance, c'est donc le destin. Mais vous parlez dans votre interprétation, je cite «des ailes que sa nature et sa définition lui avaient pourtant cousues aux épaules». Il y aurait donc moyen d'échapper à ce déterminisme? Qu'en pensez-vous? C'est un plaisir d'entendre vos réponses. S.M. |
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| Voilà la bonne façon
de poser la question. Il y a de la destinée et il y a de la possibilité
de s'en extraire. La tentation sophiste consisterait à suggérer qu'on
a donc un peu des deux, que ça dépend, que ça varie. Mais ce
genre de solution probabiliste, pour parler votre beau jargon moderne, tu ne vas
pas me dire qu'elle te satisfait entièrement? Il faudrait que tu fasses ton
choix, tu ne penses pas? Socrate |
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| L'homme: un manchot ou un albatros? | ||||
| Qui pose les questions ici? Qui est
le maître? Qui est le disciple? Socrate |
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| Qui a les réponses? Moi j'ai une question: l'homme a-t-il perdu ses ailes originelles (manchot) ou sont-elles trop lourdes et inhumaines (albatros)? S.M. |
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| Pourquoi compares-tu l'homme, animal
noble, à une volée d'oiseaux? Es-tu en train de me resservir l'homme
de Platon, les plumes en plus? (1) Socrate (1) Socrate ironise ici sur la définition donnée par son disciple Platon de l'homme. Dans une envolée célèbre, Platon avait défini l'homme: «bipède sans plume». Le cynique Diogène avait alors plumé un poulet et l'avait jeté dans l'agora en s'écriant: «Voici l'homme de Platon!» (NDLR) |