Théorie du microcosmos
       

       
         
         

Alexandre

      Théorie du Microcosmos - Je ne sais qu'une chose, c'est que je ne sais rien

Bien à vous Socrate,

Ici un modeste étudiant de dix-sept ans la tête bourrée de questions dont je n'aurais probablement jamais la réponse claire! Mais je suis satisfait, tout comme vous, je crois, d'au moins tenter de «savoir le monde» d'une manière toujours de plus en plus précise. Je ne sais pas si vous avez déjà eu la chance d'entendre parler d'une théorie du nom de Microcosmos, car j'y ferai ici référence. Cette théorie, en somme, se définit par l'infiniment grand dans l'infiniment petit. Le système solaire serait donc comparable à un atome qui fait lui-même partie d'un plus grand ensemble et ainsi de suite. Je crois que le concept vous est maintenant assez clair, et il n'est pas nécessaire pour me répondre d'en savoir plus, je crois. Donc, si vous argumentez que l'homme se doit d'au moins essayer d'atteindre une vérité ultime, et que la vérité est donc infinie en accord avec la théorie du Microcosmos -puisque la vérité serait toujours à parfaire, dans un système de grosseurs relatives, et ce, infiniment-, n'est-il donc pas inutile d'essayer de connaître? (la comparaison est ici, je l'avoue, poussée à l'extrême et peut-être d'une importance minime en fonction des besoins réels de l'homme à connaître le monde, reste que je suis curieux de votre réponse)

Tout mon respect,

Alexandre Gendron

 

       

 

       

Socrate

      Mon bon Alexandre,

Je ne parviens pas à saisir en quoi si le monde est une gigogne, il est plus inutile de chercher à le connaître que s'il est une carène ou une coupole. Peux-tu me préciser en quoi tes options cosmologiques (ou les miennes, ou celles de ce bon Xénophon) peuvent mener vers l'abandon de l'activité de connaissance, et la quête sereine de son perfectionnement?

Socrate
         
         

Alexandre

      Socrate,

Comme je l'ai dit, je ne faisais qu'imposer une limite à la connaissance en me servant de l'infiniment grand. Tu as sûrement raison lorsque tu dis que l'homme n'a aucune raison d'abandonner la quête du savoir parce que le cosmos, étant infiniment grand, ne pourra jamais se révéler entièrement à lui. Je comprends cependant que j'ai peut-être posé une question sur un sujet inutile, puisque moi-même je la définissais incongrue face aux besoins de l'Homme. Alors je me permets donc de vous poser une autre question plus appropriée aux besoins de l'Homme. Face aux réalités qui dépassent l'Homme sur une échelle quasi-intemporelle, comment ce dernier devrait-il se comporter face à ces premières, puisque savoir est en quelque sorte une vertu à développer, mais qu'il ne pourra jamais expliquer ces réalités?
         
         

Socrate

      Je te comprends mieux, et conséquemment je vois mieux la faille dans ton raisonnement. Savoir pour toi semble se réduire à une connaissance tangible, ce que certains des penseurs présents dans cet aréopage appelleraient «perception empirique». L'infiniment grand, l'intemporel ne procédant pas du tangible, tu dis: à quoi bon l'analyser. Mais l'âme humaine dispose d'un autre puissant instrument de connaissance: c'est le raisonnement spéculatif. Celui-ci, inextinguible, perce l'enveloppe de l'intangible et y pénètre avec l'acharnement de l'armée spartiate découvrant un nouveau lieu de campagne. Crois-tu vraiment que nous devrions renoncer à cette capacité qui nous distingue des bêtes, sous prétexte que certains objets de connaissance défient nos sens?

Socrate