Les androgynes
       

       
         
         

Michèle

      Cher Socrate,

J'ai souvenance d'un certain banquet où vous aviez tergiversé à propos des origines des êtres humains. C'est alors que naquit le mythe de l'androgyne. Étiez-vous sérieux ou aviez-vous tout simplement abusé des denrées de Dionysos?

Comprenez-moi bien: votre théorie constitue une superbe métaphore poétique, mais pour ce qui est de la logique, on peut repasser.

Merci de bien vouloir m'éclairer à ce sujet.

Michèle
         
         

Socrate

      Vos souvenances sont plus précises que les miennes, et j'ai participé à maints banquets et bu à maintes coupes, ce qui grise et rend les idées fort vagues. La question des origines humaines en est une où la modestie nous gagne à mesure que la réflexion s'approfondit. Quoi qu'il en soit de nos origines, je prétends qu'un élément homme et un élément femme habitent chacun de nous et que notre rapport au Beau et à l'Eros se trouve imprimé en cette dualité d'éléments comme un pied sur un sable ondoyant et inégal.

Je suis laid, Madame, mais j'aime les beaux garçons. Ils me le rendent de leur mieux et nous renouons de concert avec nos origines. C'est là le produit de ma vie. Les glosateurs qui ont lancé le mythe des androgynes n'ont produit qu'un mot. Or, sur ce qui en est de la compréhension de ma doctrine de l'Eros sous le couvert de ce simple mot, pour employer votre charmante et vigoureuse tournure: on peut repasser.

Socrate