L'empire des sens |
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| Cher Socrate, J'ai récemment lu le dialogue que tu as eu avec un certain Alexandre (agendron@sympatico.ca) qui se posait la question de savoir si les théories sur les illusions de la réalité (comme la non-existence du temps physique ou le terme illusion en général) étaient plausibles. Tu lui as alors répondu que «l'illusion n'était qu'une subtile distorsion de nos sens». J'ai alors réfléchi et je me suis dit que la perception sensorielle était peut-être aussi une illusion en soi (le flux nerveux n'est-il pas un simple signal électrique), c'est pourquoi il serait plausible que chaque être humain ait une perception différente et personnelle du monde qui nous entoure. Ce qui apparaît rouge à l'un peut apparaître vert à un autre... Mais la question qui me tracasse est de savoir si les sensations que nous ressentons sont directement liées au monde extérieur ou simplement une sensation qui serait contenue en nous et libérée par le cerveau par tel ou tel signal nerveux? Les sentiments comme l'amour pour une personne sont-ils dus à ce qui est contenu en nous et qui n'aurait rien à voir avec la personne en elle-même (ce qui impliquerait que l'on ressente exactement le même sentiment pour une autre personne)? Merci, François |
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| Ma réponse, François,
est la suivante: si tu es seul avec toi-même en ce monde pourquoi m'écris-tu?
Si jusqu'à ma réponse est une part de toi-même comment ne la
sais-tu pas déjà? Interromps ici ta lecture. Trouves-tu au fond de
toi ce que sera la suite de ma répartie? Cherche bien: la voici. Si je promets
à mille Athéniens de leur donner un drachme s'ils mangent la pomme
verte et me rapportent la rouge, cela me coûtera possiblement 997 drachmes
pour retracer trois ilotes ayant les sens dérangés et compensant ce
drame depuis leur enfance avec l'aide de leur famille et des autres membres de la
cité. Mais à la réflexion cela me coûtera probablement
mille drachmes tout rond. C'est cher payer la démonstration de ce nivellement
statistique de l'action des sens que chaque acte ordinaire de la vie confirme sans
ambages. Socrate |