On ne fait pas le mal volontairement |
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| Cher Socrate, Je vous estime beaucoup. Toutefois je reste songeur lorsque je vous entends dire (car on dit bien que c'est vous qui affirmiez cela) que nul ne fait le mal volontairement. La vertu ne peut pas être science: il y a des ignorants qui sont vertueux et des savants qui sont vicieux. Enfin, sur ce point, je pense qu'Aristote avait beaucoup plus raison que vous. Vous ne l'avez pas connu mais votre auguste élève, Platon, lui a enseigné. Au plaisir. Serge Tisseur |
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| Bon Serge, Rester songeur est un état hautement appréciable. Ne perdez pas cette grâce, qui est celle de la flamme ne vacillant que légèrement. Nul ne fait le mal volontairement, je dis et je ne dédis point. Donne-moi un exemple d'acte mauvais qui serait volontaire et je me fais fort de défendre mon option, faits en main. Socrate |
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| Cher Socrate, Merci d'avoir répondu à mon message. Un exemple? Il y en a tout plein dans l'histoire des grands procès, je crois. Et pourquoi pas celui du procès de Nuremberg? On ne va quand même pas dire que les nazis ont fait ce qu'ils ont fait sans avoir conscience que ce qu'ils faisaient était mal, même s'ils disaient le faire pour le peuple allemand. Je veux bien me prêter au jeu de la dialectique avec vous. Sachez cependant que je joue en suivant les règles déterminées par Platon qui a mis vos paroles par écrit. Si vos règles ne sont pas celles-là, dites-le avant le début de la partie. Au plaisir, ô agathé. Serge Tisseur |
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| Les règles de Platon me sont
inconnues et m'indiffèrent. Les nazis étaient des fanatiques. Ils croyaient
sincèrement que leurs crimes servaient l'Allemagne. Ce n'est pas volontairement
qu'ils ont mené leur pays au pilonnage de Dresde et au mur de Berlin. Et exterminer
des Juifs et des Tziganes n'est pas «mauvais» quand on est raciste et
antisémite. Comme vous voyez, je suis renseigné. La preuve que l'Holocauste
ne peut pas être pensé en termes volontaristes est bien présente
dans la façon dont l'Europe surveille l'antisémitisme en votre temps.
Comme une maladie ou comme une invasion de vermine. L'abjection involontaire, c'est
bien là l'épicentre de la Shoah. Son point culminant de monstruosité
repose justement dans son horrible bonne foi. Ce crime n'était pas une transgression,
mais la manifestation froide et répugnante de la terrible sincérité
du monstre. Et combien d'Allemands honnêtes se sont réveillés
en 1945, ayant engendré la boucherie concentrationnaire sans même l'avoir
voulu ou su... Socrate |