Jeremy
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Socrate

     
   

L'art

    Bonjour Socrate,

Je voulais savoir quelque chose à propos de ta vision de l'art.

Si j'ai bien compris mes cours de philosophie, tu n'estimes pas l'art, car c'est une pâle imitation du monde sensible. L'artiste tromperait alors l'oeil de l'homme en lui faisant confondre réalité et fiction.

Bien. Mais je voulais juste connaître ta position vis-à-vis des allégories?

Car nous avons là un exemple de représentation d'idée. L'artiste tient donc, dans ce cas là un discours différent de celui du sophiste.

Qu'en penses-tu?

Jeremy



L'art de mon temps est figuratif. On sculpte des hommes, des animaux, on peint des rideaux et du raisin, on joue la tristesse de la vie à la tragédie. L'imitation du monde effectuée comme ça sera toujours grise et quelconque.

Mais on me dit qu'en ton temps il existe des machines très précises qui captent directement la vie dans son mouvement et la répercutent sans transition ni distorsion. On me dit aussi qu'en ton temps est apparu l'art non figuratif. Or, vois-tu, le seul art non figuratif qu'un vieux grec comme moi connaisse, c'est la musique. C'est le seul art que j'estime (sans le pratiquer cependant) car il est libre du poids du monde et m'en libère. Mais on me dit qu'en ton temps des peintures, des sculptures et même des spectacles non figuratifs existent. Cela me dépayse beaucoup, me déroute bien plus que vos machines à copier les images du monde. Mais, même abstraitement en raisonnant par analogie sur la musique, je me dis que cette autonomie par rapport au monde est certainement de l'art. Et que vous avez la sagacité de laisser la représentation du monde aux techniques.

L'allégorie aussi est une approximation grise et quelconque. C'est une diffusion de la connaissance qui mise excessivement sur l'analogon mais... comment faire autrement. En ce sens, elle ressemble à l'art. Je veux dire mon art, ligoté au monde, pas le tien. L'art grec, l'analogon grec vont dans le même sens, celui de la civilisation grecque. Ils ne pourront jamais s'en distancer. C'est une fatalité... grecque aussi.

Je ne peux donc que pester contre, impuissant, comme toujours.

Socrate