Lisa Duret
écrit à

   


Socrate

     
   

À quoi reconnaît-on les philosophes?

    Bonjour,

Je m'appelle Lisa, j'ai dix-sept ans et je suis en terminale ES. J'ai passé depuis le début de l'année seize heures à écouter mon prof de philosophie parler de la philosophie en elle-même. À l'issue de douze heures de cours, il nous a posé cette question: à quoi reconnaît-on les philosophes?

Malgré le temps certain que nous avons passé à tenter de décrypter son message, je ne parviens toujours pas à éclaircir la question, ni à trouver comment l'aborder.

Pourrais-tu m'aider, toi qui as passé ta vie à philosopher? Merci beaucoup.

À bientôt.

Eh bien, imagine deux jeunes filles de ton âge. L'une dit: pourquoi mon amoureux me ment-il toujours? Est-il foncièrement malhonnête? Que lui ai-je donc fait pour qu'il me traite de la sorte? Que faire pour que son comportement change? L'autre, spéculant sur la même question, dit: qu'est-ce donc qui fait que l'homme et la femme ont une conception si distincte de la sincérité? Pourquoi la femme en fait-elle une vertu si cardinale qu'elle lui sert presque toujours de mesure pour évaluer toutes les autres qualités humaines, alors que l'homme n'y voit rien de plus qu'une commodité adaptable à ses objectifs argumentatifs du moment? En quoi une catégorie morale aussi profonde et stable que la sincérité peut-elle faire l'objet d'une différence aussi radicale dans la perception qu'en ont l'homme et la femme?

Ces deux jeunes filles soulèvent toutes les deux le problème de la sincérité. Mais la première le pose dans l'angle pratique, tandis que la seconde le pose dans l'angle philosophique. La différence est que la première jeune fille reste liée à son problème, tandis que la seconde jeune fille s'en détache. Aussi, la première jeune fille pose son problème dans
sa contingence concrète immédiate, alors que la seconde le pose dans sa généralité. Les deux traitements du problème manifestent la même urgence. Mais seule la seconde jeune fille est, à ce moment précis, philosophe.

Tu vois?

Socrate


Merci beaucoup et, même si j'ai passé mon week-end à faire de la philosophie, j'y vois tout de même plus clair.

Au revoir.

C'est tout juste cela. La philosophie te sert quand tu sais bien la quitter.

Socrate