Vous ne me quittez plus
       

       
         
         

Sophie

      Chère Sissi,

Depuis que je vous ai rencontrée, vous ne me quittez plus. Cela fait des années et pourtant vous êtes toujours présente dans mon coeur. J'ai énorm.ment de respect pour vous et ce que fut votre vie: tous les jours, je consacre des heures à votre histoire, à vous et votre famille. Mais il y a une question que je me pose, pourquoi êtes-vous l'impératrice la plus célèbre d'Autriche et du monde?

Mes respects à votre majesté,

Sophie
          
          

Impératrice Sissi

      Chère Sophie,

Je vous remercie de tout coeur de votre gentillesse. Ce genre de lettre me confirme chaque fois dans ma certitude que je serai beaucoup mieux comprise des âmes du futur que par mes propres contemporains.

Vous me posez une question que l'on me pose souvent, et qui me laisse chaque fois perplexe. En effet, pourquoi suis-je aussi célèbre? J'ai passé ma vie à fuir le plus possible mes obligations de représentation, j'ai cherché à n'être qu'une personne privée, je ne me suis impliquée qu'une seule fois en politique, pour ma chère Hongrie... Oui, pourquoi cette célébrité? Cela m'intrigue moi-même. À cause de ma beauté? Peut-être, mais la beauté est si éphémère... Aujourd'hui, à soixante ans, je puis vous assurer qu'il n'en reste plus guère de traces.

Ma dame d'honneur, la comtesse Festetics, a peut-être compris pourquoi j'ai suscité autant de curiosité: ne pouvant comprendre qu'une femme aussi belle, aussi puissante que l'impératrice d'Autriche souhaite passer inaperçue, on s'est imaginé que j'avais quelque chose à cacher. On m'a observée, espionnée, et plus on me poursuivais, plus je recherchais la solitude. Aujourd'hui, maintenant que ma beauté est flétrie et que je ne suis plus qu'une vieille dame malade, on commence à peine à comprendre que je ne souhaite qu'avoir la paix. La trouverais-je un jour? En ce monde, j'en doute...

Amicalement,

Elisabeth


 



 

Sophie


 
Très chère Sissi,

Je tiens à vous poser une question qui je l'espère ne vous sera pas trop indiscrète: pourquoi avoir accepté de devenir l'impératrice d'Autriche alors que vous dites ne vouloir qu'être libre et vivre en paix? Certes vous aimiez François-Joseph mais étiez-vous vraiment heureuse avec lui en Autriche avec le protocole et l'étiquette qu'imposait la cour d'Autriche? Votre vie était-elle aussi belle que ce que l'on raconte dans les livres?

Je présente à votre majesté mes plus grands respects.

Sophie


 



 

Impératrice Sissi


 
Ma chère Sophie,

Votre question n'est pas indiscrète et témoigne plutôt d'une curiosité bien légitime. Vous semblez vivre une heureuse époque, une époque où même les princesses peuvent se marier selon leur coeur. Quant à moi, je vis une époque où les jeunes filles, qu'elles soient nobles ou roturières, ne SE marient pas; ON les marie! Et bien souvent contre leur gré.

Je n'avais aucune répulsion contre Franz, et lui était amoureux fou de moi. En ce sens, j'ai eu beaucoup plus de chance que la plupart des princesses de mon époque. Mais en aucun cas il ne m'aurait été permis de refuser; tel est le destin et le devoir des princesses, de n'être que des pions sur les échiquiers politiques et dynastiques. Ainsi donc, ma chère enfant, malgré mon désir de vivre en paix, malgré la peur immense qui m'habitait face à la vie qui m'attendait à la Cour de Vienne, je n'avais d'autre choix que d'accepter de devenir impératrice d'Autriche.

Je n'étais aucunement faite pour occuper cette position - on ne s'est pas gêné pour me le faire remarquer, d'ailleurs! Et cela, même à l'époque où je tentais tant bien que mal de m'adapter. Certes, on a bien tenté de me préparer à mon rôle durant l'année de mes fiançailles, mais le choc entre ma vie libre et insouciante en Bavière et la rigidité de l'étiquette espagnole, qui régit le moindre geste à la Cour de Vienne n'en fut pas moins rude. Mes débuts à la Cour furent vraiment pénibles, j‚' y étais traitée en gamine récalcitrante et non en impératrice. J'ai tenu le coup pendant six ans, six années de vexations et de chagrins de toutes sortes, puis je suis tombée malade. On me disait mourante, tuberculeuse... je savais bien, moi, que c'était Vienne qui me tuait à petit feu. J'ai réussi à m'enfuir avant qu'il ne soit trop tard et depuis, j'ai réussi à gagner une certaine indépendance. À défaut du bonheur...

Amicalement,

Elisabeth