Marie
écrit à




L'Impératrice Sissi






Vous et votre famille



Chère Sissi,

Bonjour, je vous écris cette lettre, car notre professeur de français nous a demandé de faire une rédaction en écrivant une lettre à un personnage comme vous qui a marqué l'Histoire.

Tout d'abord je voulais vous demander si vous vous entendiez bien avec votre sœur Hélène.

Chassez-vous toujours avec votre mari? Vos enfants aiment-ils la chasse? Votre père pratique-t-il toujours la chasse?

Vos frères et sœurs s'entendaient-ils bien avec vos enfants? Que sont devenus votre sœur Hélène et son mari? Ont-ils eu des enfants? Si oui, Combien? Comment s'appellent-ils?

Êtes-vous beaucoup partis en vacances, votre mari, vos enfants, et vous? Aimez-vous la danse? Si oui, laquelle préférez-vous? Moi j'aime la danse classique.

Et enfin, quand vous êtes tombée malade, vous avez mis un certain temps à guérir: pourquoi autant de temps?
   
Merci d'avoir lu ma lettre, j'espère que vous me répondrez.

Encore merci,
               
Marie


Chère Marie,

Votre dernière question est la plus simple: j'ai mis du temps à guérir simplement parce que mon époque ne dispose pas des mêmes médicaments que la vôtre, et que les médecins sont loin d'être aussi savants que les vôtres! Il y a fort peu de temps que la médecin « moderne » a renoncé à la saignée et à la purge comme uniques moyens thérapeutiques. Désormais, il y a des médicaments contre la douleur, la chirurgie est de moins en moins risquée, mais qui est capable de guérir les maladies de l'âme? Mon corps était malade simplement parce que mon cœur était brisé et que je ne savais plus comment vivre. Mes enfants m'avaient été enlevés, ma belle-mère les élevait, Franz venait de rentrer, vaincu, d'une guerre désastreuse en Italie et semblait se consoler près d'une comtesse polonaise. Que me restait-il, dans cette cour hostile, sans mon mari et mes enfants? Mon mari m'adorait toujours, évidemment, mais n'était pas capable d'instaurer la paix entre moi et sa mère, et préférait chercher la paix ailleurs lorsque nos disputes devenaient trop violentes. Mon corps a réagi, mais fort heureusement j'ai réussi à guérir, à prendre confiance en moi et à changer nos rapports. Il est vrai que j'ai continué à voyager -et donc à fuir- par la suite, mais avec ce que j'avais vécu, j'en étais venue à prendre la vie à la Cour en horreur, et je n'ai jamais pu m'y faire.

Mes voyages m'ont amenée bien souvent en Angleterre, où je pratiquais avec passion la chasse à courre. Ma sœur Marie s'y adonnait elle aussi. Quant à mes enfants, je dois dire que Rodolphe était loin d'être aussi bon cavalier que moi et je lui ai toujours demandé de s'abstenir de ces chasses au grand galop, avec saut d'ornières et de haies. Non parce que j'avais honte de lui, mais surtout parce que j'avais souci de sa sécurité. Il a toujours aimé la chasse, mais surtout la chasse en forêt, avec un rabatteur et des chiens. C'est d'ailleurs le seul point commun, je crois, qu'il avait avec son père, et leurs conversations ne tournaient habituellement qu'autour de ce sujet. La chasse est l'un des sports préférés de la grande et petite noblesse, il ne faut donc pas s'étonner que chacun de mes frères s'y soit aussi adonné, tout comme mon père qui a été un grand chasseur devant l'Éternel jusqu'à la fin de sa vie. Mais dans son cas, je crois que ces chasses étaient davantage prétextes à de grandes marches en forêt, de façon à être en communion avec la Nature. C'est cette leçon surtout que j'ai retenue, et c'est cet appel de la nature qui était à la base de ma passion pour la chasse à courre, de même que mon besoin de mouvement, bien davantage que d'attraper le pauvre renard zigzagant à travers ses différents terriers! J'étais parfaitement heureuse quand le pauvre animal avait réussi à s'échapper; pour moi, l'important était d'avoir galopé en forêt durant des heures. François-Joseph appréciait également la chasse à courre, mais ne l'a guère pratiquée qu'en Hongrie, pendant nos séjours à Gödölö. Il avait beaucoup trop de travail pour prendre une semaine pour lui en Angleterre, bien que je l'aie invité bien souvent à venir m'y rejoindre. C'est bien dommage, car ce sont de beaux moments que nous aurions pu partager ensemble.

Ma sœur Hélène a eu quatre enfants, dont deux sont malheureusement décédés avant elle. Quelle tristesse de devoir enterrer ses propres enfants! Cela après avoir perdu son mari après seulement dix années d'une union très heureuse.  Les enfants d'Hélène sont Maximilien (que nous surnommions, allez savoir pourquoi, « Bubi », décédé à vingt-trois ans en 1885), Élisabeth, morte à vingt et un ans, Louise et Albert. Ma sœur a géré l'héritage de ses enfants d'une main sûre, et c'est désormais Albert le chef de la famille. Un homme attachant et travailleur. D'ailleurs, tous les enfants de mes frères et sœurs s'entendent bien entre eux, et ma fille Valérie s'est même fait une grande amie de sa cousine Amélie, la fille de mon frère Karl-Théodore. La seule qui détonne dans toute cette belle entente est ma nièce Marie Larish, fille de mon frère ainé Ludwig. Comme le mariage de mon frère était morganatique, sa fille n'a pas joui de la même considération sociale que ses cousins et cousines. C'est principalement pour cela d'ailleurs que je l'ai prise longtemps sous mon aile, afin de lui offrir un avenir qu'elle n'aurait pas pu envisager si elle n'avait pas été « la nièce bien-aimée de l'impératrice d'Autriche ». J'ai été très mal remerciée pour l'affection que je lui ai manifestée, puisque j'ai découvert par la suite que c'est elle qui a présenté la petite baronne Vetsera à mon fils, qu'elle a agi en véritable entremetteuse dans cette histoire, et que depuis elle ne cesse de raconter pis que pendre sur moi, mon mari et tout mon entourage. Je me suis évidemment brouillée avec mon frère, qui cherchait à défendre sa fille. Finalement, cette femme aura fait bien du mal autour d'elle!

J'ai toujours très peu dansé, chère Marie. J'avais le sens du rythme, mais je désespérais mes maîtres à danser dans ma jeunesse. Fort heureusement, le branle, la gavotte et le cotillon ont vite été remplacés par la valse, une danse facile et divertissante. J'ai organisé quelques bals dans mes appartements et je dansais avec frénésie durant les années 1858-1860, mais c'était surtout pour oublier que mes enfants résidaient dans l'aile la plus éloignée du château, près de ma belle-mère, et aussi pour oublier que Franz semblait s'intéresser à d'autres femmes. Je n'ai plus jamais manifesté un tel intérêt pour la danse passée ces quelques années de « crise ».  Et, croyez-le ou non, étrangement, les bals de la Cour ne sont pas du tout faits pour cela! Les salles sont trop petites pour tout ce monde, et seules les jeunes filles à marier y tournoient avec plaisir au bras de leurs prétendants. Pour ma part, quand j'y assistais, je ne dansais que la première danse avec l'un des dignitaires ou un invité que l'on voulait honorer et Franz dansait avec son épouse ou une autre dame de la noblesse. Nous ne dansions jamais ensemble Franz et moi. En fait, le protocole ne nous autorise à danser ensemble que la dernière danse de la soirée, mais bien souvent nous sommes couchés depuis longtemps à cette heure-là, laissant nos invités s'amuser à leur aise. Pour nous, le bal consiste à rester debout sous un dais pendant que tous les dignitaires défilent devant nous, puis à rester assis presque toute la durée du bal. Franz se promène souvent de salle en salle pour saluer les invités, mais moi je me suis lassée de cette corvée et je m'en suis libérée assez tôt. Il y a toujours quelqu'un prêt à occuper la place de « première dame » pour ces événements qui m'ennuient prodigieusement. Ma belle-fille Stéphanie s'est chargée -avec quelle délectation!- de ce rôle pendant quelques années, et c'est désormais l'archiduchesse Marie-Thérèse de Bragance, la très belle épouse de mon beau-frère Charles-Louis, qui assume ce rôle. Pour ma part, plus je suis loin de la cour, mieux je me porte.


Amicalement,

Élisabeth