Votre voyage à Vienne |
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Aline Kerber |
Majesté, Je tenais tout d'abord à vous dire que je vous admire beaucoup, et j'avais quelques questions à vous poser. J'ai lu plusieurs ouvrages décrivant votre voyage de la Bavière à Vienne, le 20 Avril 1854, juste avant votre mariage. Le premier récit me dit que vous avez fait tout ce chemin en «voiture», par la route, et le deuxième dit que vous avez descendu le Danube jusqu'à Vienne en bateau, lequel de ces récits est exact?? Aussi, j'aimerais savoir quelle était la raison pour laquelle vous étiez avec votre soeur Hélène et votre mère à Ischl en août 1853, car au premier abord votre présence n'était pas «obligatoire», puisque c'était Hélène la prétendante de François-Joseph, j'ai également consulté plusieurs ouvrages sur cette question mais aucun n'a pu me renseigner. J'espère que vous me répondrez bientôt. Veillez croire Majesté en mon respect le plus profond, Aline |
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Impératrice Sissi |
Ma
chère âme, Je dois confesser que je ne conserve qu'un souvenir très flou du voyage qui m'a amenée de Munich à Vienne en 1854. J'ai vécu ce trajet dans un brouillard de larmes, terrassée par le chagrin de quitter famille et pays, rongée par l'angoisse de l'inconnu qui m'attendait... Je peux toutefois vous confirmer que la plus grande partie du voyage s'est fait en vapeur; j'ai même eu l'exclusivité du Danube pendant 2 jours, François-Joseph ayant interdit le fleuve à toute navigation pour la durée de mon voyage! Je suis arrivée à Nussdorf le 22 avril, et je me souviens très bien avoir vu Franz franchir d'un bond la distance du débarcadère au bateau (la passerelle n'avait pas encore été installée) pour me prendre dans ses bras et m'embrasser devant la foule enthousiaste. Je dois admettre que c'est là le seul bon souvenir que je conserve de cette pénible semaine. Le reste du voyage, de Nussdorf à Schönbrunn, s'est fait en carrosse, au milieu d'une foule indescriptible. J'étais déjà timide, mais dès ce moment, je me suis mise à détester être dévisagée par des milliers d'yeux, comme une bête curieuse, et j'ai eu immédiatement envie de trouver un endroit où me cacher. Sentiment qui perdure encore aujourd'hui... Pourquoi ma mère m'a-t-elle amenée à Ischl en août 1853? Je me suis souvent posé cette question, je l'ai même posée à ma mère, comme un reproche. Le destin? Je dirais plutôt la fatalité... Cela me rappelle la reine Aliénor d'Aquitaine qui signait «Reine d'Angleterre par la colère de Dieu»! Je crois que ma mère a simplement voulu donner un caractère familial à cette visite. Officiellement, il n'y avait pas de fiançailles prévues entre Hélène et Franz; tout cela avait été tramé par correspondance privée entre ma mère et sa soeur, les chancelleries n'y avaient pris aucune part. L'arrivée de ma mère à Ischl, seule avec l'aînée de ses filles en âge de se marier aurait déclenchée immédiatement toutes sortes de rumeurs. Je crois également que ma mère espérait raviver les sentiments de Charles-Ludwig, qui avait été mon jeune chevalier servant lors de notre voyage à Innsbruck, en 1848. Marier ses deux filles chez les Habsbourgs, quelle revanche cela aurait été pour elle sur le destin! Quoi qu'il en soit, ma présence non prévue changea mon destin et celui d'Hélène... Sincèrement, Elisabeth |