Caroote
écrit à




L'Impératrice Sissi






Votre vie de reine



De : Caroote

Bonjour, j'ai quatorze ans et, pour parfaire ma culture générale, j'aimerais en savoir plus sur vous.

Votre mari Franz-Joseph était-il gentil avec vous? Votre belle-mère Sophie était-elle si horrible avec vous? Que vous a-t-elle donc fait? Y aurait-il des anecdotes au sujet de cette horrible marâtre?

Aviez-vous vraiment fait installer des appareils de musculation dans votre chambre? Étiez-vous musclée? Savez-vous ce qu'est une top model? Un mannequin? Parce que l'on peut dire que vous étiez la première top model, avec un régime spécial... Aujourd'hui, vous feriez la une des magazines people, même si vous ne savez pas ce que c'est.

Vous avez été immortalisée moult fois et les Autrichiens vous font revivre à travers leur culture, dans Vienne. Pourriez-vous me parler du Schloss Schonnbrunn? Était-il aussi beau qu'on le dit? Parlez moi de vous, je voudrais en savoir plus. Pourriez vous me donner aussi quelques conseils pour être un peu plus belle? Faut-il suivre un régime spécial, pratiquer un sport précis, se maquiller?

Merci beaucoup,

Une frenchie du XXIème siècle

Chère âme du futur,
 
Que de questions! Je vais tâcher de répondre au mieux à la plupart d'entre elles, mais n'hésitez pas à m'écrire à nouveau si j'ai oublié quelque chose...
 
Franz était un excellent mari... pour un empereur! Certainement pas le genre de mari que vous souhaiteriez avoir, toutefois, si vous voulez vivre une relation intime avec votre époux. Franz s'est toujours voué, d'abord et avant tout -même avant moi- à son devoir d'empereur. Ce qui nous a laissé très peu de temps pour créer une vraie vie de famille. Lui était préparé à cela, il savait dès sa jeunesse que ses heures «privées» seraient strictement limitées. Je n'ai pas été élevée dans le but d'être impératrice, aussi ai-je eu beaucoup de difficultés à m'habituer à cette vie découpée en tranches... Je n'ai jamais vraiment pu m'y faire.
 
C'est cette incapacité à me faire à cette vie de représentation, où le «paraître» primait nettement sur «l'être», qui ont fait naître toutes les tensions entre ma belle-mère et moi. Pour ma belle-mère, j'occupais le rang dont elle avait rêvé pendant trente ans; elle ne pouvait pas accepter que je n'y voie qu'un terrible fardeau. Elle a jugé comme des enfantillages mon désir d'intimité, de solitude, mon envie d'être parfois seule avec mon mari, mon désir de créer un espace, un temps et un lieu qui seraient exclusivement familiaux. Pour elle, la famille impériale avait quelque chose de divin, qui se devait d'être constamment en vitrine. Elle a donc conçu très vite l'opinion que je n'étais qu'une enfant révoltée, que l'on devait «éduquer» avec la plus grande sévérité, et à qui on ne pouvait décidément pas confier des enfants. Elle a donc pris mes enfants pour les élever elle-même, tout en tentant de «m'éduquer» moi aussi... Je me suis rebellée à ma manière, et ces appareils de gymnastique auxquels vous faites allusion ont été une façon d'exprimer ma révolte. Je me suis mise à cultiver ma beauté, sachant que c'était ma seule arme pour m'affirmer à la Cour et auprès de mon mari. Le respect, les connaissances politiques, c'était elle qui les avait. Donc pour avoir la considération qui m'était due, je me suis vouée au culte de mon corps. Cependant, j'ai vite constaté que je détestais être scrutée à la loupe et être pourchassée pour être «vue», ce qui était finalement le prix à payer. Un prix trop élevé pour moi. J'ai pris l'habitude de me cacher derrière une voilette ou une ombrelle, ou de marcher si vite que mes admirateurs ne peuvent me suivre. J'ignore comment je vivrais cette popularité à votre époque; sans doute aussi mal que je la vis aujourd'hui. J'étais faite pour une vie simple, pour une vie de famille. Le sort est venu bouleverser tout cela, lorsque Franz m'a préférée à Hélène, un beau jour de 1853.
 
Sincèrement,
 
Élisabeth