Mathilde
écrit à




L'Impératrice Sissi






Votre vie (6)



Bonjour,

Sachez tout d'abord que vous avez fait partie de mon enfance, enfin plutôt la série qui a été dédiée à votre vie. Tout cet univers me passionnait, il me passionne toujours d'ailleurs. Mais revenons à nos moutons.

J'ai quelques questions à vous poser. La question la plus importante à mes yeux et qui me trotte dans la tête depuis très longtemps est celle qui va suivre. Êtes-vous vraiment, vous et le prince, tombés amoureux ou était-ce un mariage forcé par la royauté? Car il est vrai que je n'ai aucune idée de si la série a vraiment respecté la vraie histoire de votre vie.

Êtes-vous encore heureuse avec le prince et vos enfants?

Voilà, seulement deux questions, mais ça me parait déjà beaucoup par rapport à la vie parfaite que vous deviez vivre.
Je vous idéalise sûrement trop. Vous avez peut être vécu dans votre vie les pires malheurs du monde entier. À vrai dire je ne l’espère pas. Je ne veux pas vraiment le savoir non plus, car pour moi vous étiez une princesse qui avait une vie tout à fait parfaite; je ne veux pas casser ce mythe.

J'attends votre réponse avec une hâte similaire que la série « Sissi l'impératrice ».

Au revoir.                                   

Mathilde


Chère Mathilde,

Comme je vous écris directement depuis mon lointain XIXe siècle, je n'ai pas vu la série dont vous me parlez, mais on m'en a beaucoup parlé. Et je dois malheureusement casser le mythe....

Certains éléments sont réels. En effet, François-Joseph est bien tombé amoureux de moi dès qu'il m'a vue, et il a décidé de m'épouser plutôt que d'épouser ma sœur Hélène. Je crois sincèrement qu'il aurait été beaucoup plus heureux avec elle et qu'elle aurait su, bien mieux que moi, remplir ce rôle d'impératrice pour lequel elle avait été préparée. Pour ma part, je le trouvais beau, attirant, mais peut-on parler d'amour à quinze ans? Et contrairement à Hélène, je n'avais pas du tout été élevée en prévision d'un mariage royal; mon rôle futur me terrorisait. Ma mère a soulevé toutes mes objections d'une seule phrase: « On n'envoie pas promener un empereur d'Autriche ». Mais on ne m'enlèvera pas de la tête que le mariage est une institution absurde; enfant de quinze ans, on est vendue, amenée à l'autel et on prononce un serment qu'on ne comprend pas mais dont on ne pourra jamais se dégager et qu'on regrettera encore trente ou quarante ans plus tard...

J'ai eu des moments de bonheur avec Franz, mais aussi beaucoup de malheurs. Mon amour pour lui aurait pu s'épanouir dans une vraie relation de couple, mais l'archiduchesse Sophie veillait à ce que je ne prenne pas trop d'ascendant sur lui, et la vie de cour s'acharnait sans cesse à nous séparer, prévoyant diverses « activités » séparément. Nos moments partagés étaient plutôt rares. À défaut de pouvoir vivre une vraie vie de couple avec Franz, mon amour pour lui s'est étiolé, les désillusions qu'on m'a infligées m'ont poussée à le fuir carrément pendant environ deux ans, à Madère, Corfou et Kissingen. Puis, une forme de résignation et une grande tendresse ont fini par s'installer dans mon cœur. Je n'aurai jamais pour lui un sentiment aussi fort que celui qu'il a pour moi, mais je le respecte, et il est l'être au monde que je souhaite le moins chagriner ou inquiéter. Le terme de « bonheur » ne nous sied plus guère, depuis la mort de mon fils, il nous suffirait simplement d'une vie un peu plus exempte de malheurs pour pouvoir vivre une vieillesse sereine.

Sincèrement,

Élisabeth