Rania
écrit à




L'Impératrice Sissi






Votre vie (5)



Bonjour Sissi, ou bien devrais-je dire Elisabeth de Bavière,

Je vous écris aujourd’hui pour vous poser quelques questions à propos de votre vie. Je vous connais sous le nom d’Elisabeth, duchesse et quatrième fille du duc Maximilien et Ludovica de Bavière. Après vous être mariée à François-Joseph Ier, vous avez quitté votre royaume pour vous installer à Vienne. Vous avez eu un bébé, une fille nommée Sophie, mais cette dernière est décédée à l’âge de deux ans. Puis, vous avez eu la chance d’avoir trois magnifiques enfants: la petite Gisèle, Rodolphe, le seul garçon, et enfin Marie. J’ai aussi remarqué que vous ne vous nourrissiez pas assez; je n’en connais la raison, pourriez-vous m’éclairer sur ce point?

Vous étiez passionnée par l’équitation, tout comme votre père avec qui vous aviez une relation très proche et vous faisiez un peu de gymnastique; ces sports faisaient-ils partie de l’éducation des jeunes filles à l’époque?

Voici mes questions pour vous, chère Sissi. Merci pour votre lecture! À bientôt!


Bonjour chère Rania,

Une simple petite correction: ma dernière fille s'appelle Marie-Valérie, mais nous la nommons plus familièrement Valérie, et non Marie. Mon fils Rodolphe est décédé depuis onze ans déjà, et la blessure est toujours aussi vive. Quant à la blessure de la mort de ma petite Sophie, même si elle remonte à presque trente ans, je crois qu'elle ne s'est jamais vraiment refermée.

Je ne me nourris pas beaucoup tout simplement parce que ma minceur a longtemps été pour moi la garantie de ma beauté. On me demandait de me taire et de simplement « paraître », alors je me suis arrangée pour n'être rien d'autre qu'un très beau corps, une belle icône à admirer. Ce n'est que par ma beauté que j'ai réussi à me faire une place à la cour, et même jusqu'à un certain point à me faire entendre par mon époux, notamment en ce qui a trait à l'éducation de mes enfants, ou dans mes intercessions pour la Hongrie. Sans ma beauté, je n'existais tout simplement pas, alors j'en ai pris soin, principalement en entretenant ma minceur. Cette minceur m'a aussi été utile lors des chasses à courre, en Angleterre, en Hongrie ou en Irlande. Il est bien plus facile à un cheval de courir, sauter les haies, les clôtures et les fossés si son fardeau est léger. Allez donc vous « envoler » à cheval, si vous avez l'allure d'un poussah comme la reine Victoria! J'ai gardé cette habitude aujourd'hui, même si j'ai 60 ans et que la beauté de mon visage s'est envolée depuis longtemps. On me reconnait encore par la minceur presque juvénile de ma silhouette, et j'en suis très fière.

Mon père aimait l'équitation lui aussi, et surtout faire de la haute école avec des chevaux de cirque. J'ai aussi appris la haute école avec des écuyères de cirque comme Élisa Petzold (qu'on appelait souvent Élisa Rentz, du nom du cirque dont elle faisait partie) ou avec Émilie Loisset, malheureusement décédée il y a quelques années. J'ai même donné un superbe cheval à Élisa, « Lord Byron », pour la remercier de ses leçons. Je crois que dans les années 1870, j'en savais beaucoup plus que mon père sur les techniques de haute école, et mon père ne s'est jamais adonné à la chasse à courre. Il critiquait vivement mon mode de vie d'ailleurs et, quitte à détruire un autre mythe, je vous avouerais, chère Rina, que vers la fin de sa vie, je ne m'accordais plus du tout avec lui. Il faut dire qu'il ne s'accordait plus guère avec personne, et a fini sa vie presque en ermite, à l'instar de son père le duc Pius.

J'ai commencé à faire de la gymnastique après la naissance de mes trois premiers enfants, pour garder la forme. Il faut dire que j'ai eu mes trois enfants en cinq ans, et que j'avais une peur panique de devenir comme l'un de ces « tonneaux », ces amples dames d'honneur et autres comtesses qui m'entourent. Comme je vous l'ai mentionné plus haut, sans ma beauté, je n'aurais plus eu qu'à m'effacer complètement, et je ne crois pas que votre siècle se serait souvenu de moi. La gymnastique ne fait donc pas partie de l'éducation des jeunes filles de mon époque, et j'ai vraiment fait scandale lorsque je me suis fait installer une salle d'exercice et des anneaux au-dessus de la porte de mes appartements. Aujourd'hui encore il m'arrive de m'y suspendre quelques instants, histoire de surprendre les archiduchesses qui viennent me voir. C'est un de mes derniers petits plaisirs, de contempler leurs mines ébahies.

Sincèrement,

Élisabeth