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Votre Altesse impériale et royale,
En dépit de l'admiration que
moi, ma famille et plusieurs de mes amies ont envers vous, j'ai lu, il
y a peu, dans le journal, une information à votre propos qui m'a
un peu
chagrinée: j'ai appris que le musée qui vous est
consacré, à Vienne,
venait d'acquérir un artefact de votre vie privée: votre
seringue à
cocaïne. Je sais que la cocaïne faisait partie des
traitements médicaux
de l'époque, mais comment en êtes-vous venue à en
prendre? Y avez-vous
développé une dépendance? Si oui, comment la
viviez-vous? Cette
information m'a jetée dans un grand trouble, d'où mes
questions qui
pourront vous paraître indiscrètes.
Veuillez agréer, Votre Altesse, l'expression de mon profond
respect.
Cher Arthur,
J'avoue ne pas vraiment comprendre votre trouble. À mon
époque, la cocaïne, l'héroïne et la morphine
sont de simples médicaments, pris sur ordonnance.
Évidemment, tout médicament, même un simple sirop
pour la toux, peut créer des dépendances lorsque pris
sans mesure, ce qui n'est certes pas mon cas. Je sais que,
malheureusement, la morphine a été autre chose qu'un
médicament pour mon pauvre fils, mais la faute en incombe au
premier gentilhomme de sa maison, Charles de Bombelles, un
débauché notoire qui l'a entraîné dans de
très mauvaises habitudes, comme il l'avait fait auparavant pour
mon beau-frère Maximilien. Je n'ai jamais compris comment
François-Joseph avait pu entériner sa nomination.
Pour en revenir à la cocaïne, elle m'a été
prescrite par le Dr. Metzger, avec qui j'ai suivi une cure à
Amsterdam, afin de remédier à certaines crises de
sciatique particulièrement douloureuses. À certains
moments, je ne pouvais même plus marcher, et Metzger me
menaçait même du fauteuil roulant! Clouée sur
place, ne plus pouvoir fuir, vous vous imaginez? J'en serais devenue
folle! Quelques piqüres, jointes à de vigoureux
(très vigoureux, je vous en réponds!) massages, le temps
d'une cure d'environ deux semaines, et j'étais à nouveau
sur pieds.
Nous vivons à des époques extrêmement
différentes, cher Arthur. Certaines choses qui me semblent
anodines vous troublent, et je suis certaine que d'autres choses qui
font partie de votre quotidien me feraient hurler d'indignation. Ainsi
en est-il de chaque époque, qui se targue de juger
l'époque qui l'a précédée. Les erreurs
d'interprétation de l'Histoire ne se font pas autrement.
Avec toute mon amitié,
Élisabeth
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