Ingrid
écrit à




L'Impératrice Sissi






Votre régime



Bonjour Sissi,

Je voulais savoir où vous avez puisé cette volonté pour pouvoir faire tous ces régimes alimentaires. C'est hallucinant!


Chère Ingrid,
 
Ce n'est pas bien difficile. Je n'ai qu'à regarder autour de moi: toutes ces comtesses, ces archiduchesses grasses et défraîchies dès leur première grossesse! Ma propre fille, Gisèle, avait l'air plus âgée que moi après son second enfant! Heureusement que ma Valérie, même si elle n'est pas aussi mince que moi, ne s'est pas laissée aller! À mon époque, dès la trentaine, une femme est déjà «vieille», elle cesse de plaire, et surtout elle cesse de vouloir plaire, c'est bien cela le plus grave! Et ce n'est pas seulement pour plaire aux badauds et aux curieux, c'est pour me plaire à moi-même que je désire rester mince. La minceur est pour moi une garantie de beauté, de grâce et de santé. Cette minceur m'a même été très profitable, à l'époque où je ne vivais «que pour mon cheval», selon le mot de l'ambassadrice de Belgique. Légère sur ma monture, celle-ci pouvait aller d'autant plus vite et sauter d'autant plus agilement par-dessus les haies et les fossés que si j'avais eu l'allure de la reine Victoria! J'aimais bien rester en tête, lorsque je faisais de la chasse à courre, et c'est pour cela d'ailleurs que je m'entendais si bien avec mon pilote, Bay Middleton, qui détestait lui aussi rester en queue de peloton.
 
Et puis, chère Ingrid, il fut une époque où, méprisée par la Cour, séparée de mes enfants par ma belle-mère -et même par mon mari!- qui me jugeaient inapte à les élever, considérée comme une aimable sotte, ma beauté a été longtemps le seul garant de ma popularité, la seule arme que j'avais pour me faire remarquer, pour me faire écouter par l'empereur. Sans ma beauté, je crois que je n'exagère pas, le Compromis hongrois de 1867 n'aurait jamais été signé, car je crois que je n'aurais pas eu ce succès auprès du peuple hongrois, ni l'oreille de l'Empereur pour ses revendications.
 
Aujourd'hui, à près de soixante et un ans, ma minceur est tout ce qui me reste de ma beauté passée, et j'y tiens. Mon visage s'est fané, et semble désormais griffé par les rides que les chagrins et les deuils y ont creusé. Mais ma silhouette est demeurée celle d'une jeune fille, et j'en suis très fière.
 
Amicalement,
 
Elisabeth