Cécile
écrit à




L'Impératrice Sissi






Votre mariage




Comment était votre vie avec François-Joseph? Était-il gentil avec vous, était-ce un bon mari?

Cécile

Bonjour Cécile,
 
Franz a toujours été «gentil» et un bon mari, surtout selon les critères des mariages royaux qui sont souvent si froids... Comme notre mariage en était un d'inclination et non un mariage arrangé, il a toujours eu pour moi une tendresse et des égards que bien des épouses de la noblesse n'ont jamais pu imaginer obtenir de leur mari. Cependant, il a toujours fait passer son devoir d'empereur en premier. Je ne peux le lui reprocher, il a été élevé par sa mère dans cette unique perspective, sa jeunesse s'étant déroulée en prévision du poste qu'il allait occuper un jour, et le temps qu'il envisageait consacrer à une épouse ne correspondait pas du tout à l'idée que je me faisais de vivre avec mon époux.
 
Tous nos différends sont venus de là: je voulais vivre avec lui. Malheureusement, son sens du devoir, son respect pour l'étiquette, inculqué par sa mère, lui ont fait faire des gestes envers moi qui, s'ils n'étaient inspirés par aucune cruauté ou méchanceté, m'ont tout de même fait très mal et m'ont peu à peu détachée de lui. Il trouvait normal, par exemple, que nos enfants soient confiés à sa mère plutôt qu'à moi. Il acceptait l'idée que notre devoir d'empereur et d'impératrice ne me permettrait pas de m'occuper quotidiennement de mes enfants, comme je le désirais tant. Il repoussait toutes mes idées, me traitant comme une enfant irresponsable, et il m'obligeait, comme sa mère, à me «produire» constamment, comme une actrice ou un objet de vitrine, alors qu'il savait à quel point le fait de côtoyer tous ces étrangers et être examinée comme une bête curieuse me rendait malade...

De fait, j'ai fini par tomber réellement malade, avec tous ces «devoirs», ces obligations et toutes ces règles ridicules qui me rendaient la vie impossible. Ce n'est qu'après mon retour à Vienne, après presque deux ans de pérégrinations entre Madère, Corfou, Venise et Bad Kissingen qu'il a fini par accepter que je n'étais pas comme lui, que je n'avais pas, moi, été élevée dans le but de ne jamais m'appartenir. Il a fini par me considérer comme une «personne», et non plus comme sa jolie poupée sans cervelle qu'il considérait avec tendresse et un peu de condescendance. J'avais déjà son amour, j'ai fini par gagner son respect. Pour ma part, toutes les déceptions subies durant ces premières années ont réussi à tuer l'amour naissant que j'avais en moi et qui n'a jamais pu s'épanouir comme il l'aurait dû. Restent la tendresse et le respect, et le souci constant que nous avons l'un de l'autre. Ce sont des liens parfois plus forts que l'amour, qui rendent notre mariage solide malgré tous les malheurs et les revers du temps.
 
Sincèrement,
 
Elisabeth