Tess
écrit à




L'Impératrice Sissi






Votre fille Caroline



Ma chère Sissi,

J'ai appris sur un blog que vous aviez un autre enfant, la petite Caroline, un enfant que vous avez caché à Franz: pourquoi et pouvez-vous m'éclairer concernant cette petite fille qui a été élevée chez de riches parents?

Je vous en remercie.

Amicalement,

Tess

Chère Tess,
 
Ce n'est pas la première fois que l'on me questionne sur cette prétendue «fille cachée» et à chaque fois, je m'étonne que de tels ragots aient pu trouver un écho jusqu'à votre époque.
 
Je n'ai aucun enfant caché, chère Tess. C'est ma nièce, Marie Larish, qui a inventé cette fable, et elle a si peu le souci des dates qu'elle fixe la naissance de cette enfant à une époque où je me trouvais, sans erreur possible, en Autriche. Il suffit de consulter ma correspondance et les gazettes de la cour pour en être persuadé. Une fois n'est pas coutume, je n'étais pas en voyage à la fameuse date de naissance de cette enfant. Autre «détail» ajouté par ma nièce -sans doute pour rendre son histoire plus crédible- mais qui obtient exactement le résultat contraire, cette petite fille serait née à Sassetôt-le-Mauconduit, où je ne suis allée qu'une seule fois, bien des années avant la date qu'elle indique. Elle affirme que j'aurais fait passer cette naissance pour un «accident de cheval» sans faire aucune référence ni à mon premier séjour à Sassetôt ni à la chute de cheval que j'ai effectivement faite lors de ce voyage et qui a grandement inquiété Franz.
 
Vous savez, chère Tess, «grâce» aux soubrettes et autres femmes de chambre, toute la cour était au courant que mon mariage n'a été consommé que la troisième nuit qui l'a suivi. Croyez-vous sincèrement que ma lingerie intime aurait résisté à l'examen de toute la valetaille chargée du nettoyage? Croyez-vous vraiment qu'environnée de commérages et de ragots comme je l'étais, personne n'aurait murmuré la moindre rumeur en constatant que ma lingerie intime «manquait» tous les mois? Tous les membres de familles royales vivent sous la loupe, et j'ai été mise en vitrine et scrutée plus que toute autre, à cause de ma réputation de beauté et d'excentricité.

Croyez-moi, nulle grossesse ou naissance n'aurait pu s'opérer dans le secret. J'étais bien trop surveillée pour passer la moindre incartade à qui que ce soit. C'est l'une des raisons qui m'ont fait exécrer la vie de cour et tout ce qui était rattaché à mon rôle d'impératrice. Franz avait été élevé dans cette atmosphère, il était préparé à vivre sa vie sous le regard des autres. Pas moi. Je n'ai jamais pu m'y faire, et quarante-quatre ans plus tard, je ne m'y fais toujours pas.
 
Sincèrement,
 
Élisabeth