Chère âme du futur,
Au risque de vous décevoir, je dois vous confier que je ne me
suis jamais particulièrement intéressée au
lointain passé de notre famille. Faire partie d'une famille
impériale ou royale ne vous garantit pas automatiquement une
connaissance intrinsèque des annales familiales depuis
Charlemagne, loin s'en faut. Bien au contraire, lorsqu'il s'agit
d'enseigner l'Histoire à leurs enfants, les monarques – y
compris mon époux – préfèrent laisser les
détails aux historiens et insistent généralement
auprès des précepteurs pour qu'on enseigne aux enfants ce
qui peut vraiment être utile pour leur métier.
Apprendre du passé pour mieux concevoir l'avenir, dans un
certain sens. Mon fils avait une intelligence vive et une grande
curiosité, ce qui lui a permis d'apprendre davantage que les
hauts faits de Charles Quint, Marie-Thérèse la Grande ou
François 1er d'Autriche, le vainqueur de Napoléon.
Je ne serais pas surprise s'il avait étudié la
Renaissance au point d'être en mesure de répondre à
vos interrogations. Pour ma part, les leçons d'Histoire que l'on
m'a donné pendant l'année de mes fiançailles ont
été plutôt sommaires. Jean Majlath, l'ami de mon
père, s'est surtout étendu sur la situation de la Hongrie
pendant les cours d'Histoire d'Autriche qu'il me donnait «pour
mes beaux yeux», comme disait ma mère. Par la suite,
fréquenter quotidiennement la famille impériale ne m'a
jamais donné l'envie de m'informer davantage sur son
passé, glorieux ou non. J'ai préféré
l'Antiquité, l'Histoire de France, surtout la période de
la Révolution, d'où est sortie la République, que
je considère être de loin la meilleure forme de
gouvernement.
Afin de ne pas trop vous décevoir, j'ai tout de même
réussi à glaner certains renseignements. Il appert donc
que Conrad IV n'eut qu'un seul fils, Conradin, qui fut battu durant les
guerres d'Italie par Charles d'Anjou (fils de Saint-Louis). Il est mort
à seize ans et n'a pas laissé d'héritier. Il
semble donc que la lignée ds Hohenstaufen, par lignée
directe par les hommes à tout le moins, se serait éteinte
à ce moment là.
Je suis désolée de ne pouvoir vous être plus utile
dans votre recherche, chère âme.
Amicalement,
Élisabeth

