Votre chien Shadow
       

       
         
         

Carole

      Chère impératrice d'Autriche et Reine de Hongrie,

Honorable Élisabeth, j'écris à votre Majesté sur un sujet qui me tiens à coeur: les animaux.

En effet, j'ai vu, lu et entendu parler de votre chien Shadow, que vous avez d'ailleurs enterré dans votre château hongrois de Gödöllö. De quelle race était-il? Je me doute que votre belle-mère n'a pas dû accepter que vous vous occupiez de lui, si elle l'a connu. Votre Altesse a-t-elle eu d'autres animaux?

Je recherche quelque site où l'on peut trouver quelques images de vous et de votre entourage, car j'aimerais beaucoup voir à quoi ressemble votre famille. Si vous connaissez quelque chose qui peut répondre à mes recherches, merci de me l'indiquer. Mais peut-être que vous connaissez mal cette invention de notre époque.

Au plaisir de correspondre avec votre Majesté.

Carole, 13 ans
         
         

Impératrice Sissi

      Chère âme,

Shadow était un grand terrier blanc à poil dur de la race des airedales irlandais. Il m’a été envoyé d’Angleterre pendant que j’étais à Madère, en 1861. Son nom a été bien choisi, car il m’a suivie partout et a même posé avec moi sur de nombreuses photographies. Il m’a quitté un jour d’octobre 1875 et, en larmes, je l’ai enterré dans le parc de Gödölö. Je l’ai remplacé l’année suivante par un grand chien de berger que j’ai nommé Platon, d’abord parce que j’abordais à cette époque ma grande période d’intérêt pour la culture hellénistique, mais également parce que je trouvais qu’il me regardait parfois à la façon d’un vieux sage, d’une façon très philosophe! Mais je n’ai jamais oublié Shadow, sa statue de marbre, grandeur nature donnant la patte, se trouve toujours dans le fumoir d’Ischl.

Mis à part les chiens – une passion que je tiens de ma mère, qui préférait pour sa part les loulous blancs – j’ai également possédé une grande volière, avec plusieurs perroquets dont le premier m’a été offert par François-Joseph, l’année de nos fiançailles. Ma belle-mère avait horreur que je m’en occupe pendant que j’étais enceinte, elle craignait que les enfants ne leur ressemblent! Les connaissances de l’archiduchesse sur l’hérédité étaient fort limitées… J’ai également eu un petit singe très doux, qui était un merveilleux compagnon de jeux pour ma petite Valérie, qui avait huit ou neuf ans à l’époque. Mais malheureusement, en vieillissant, il s’est mis à se comporter de façon si inconvenante qu’il était devenu impossible de le laisser dans une pièce où se trouvaient des femmes! Mon fils Rodolphe a alors demandé à son ami, le zoologue Alfred Brehm, si une petite femelle ne serait pas plus facile à élever, mais finalement j’y ai renoncé (au grand soulagement de mon entourage!). J’aurais bien aimé avoir un jeune tigre royal lorsque naquit une portée au zoo de Berlin. Je l’avais demandé a Franz pour mon anniversaire mais, toujours aussi prosaïque, il a préféré m’offrir un médaillon…

Chère amie, vous écrivant depuis le XIXe siècle, je ne puis malheureusement guider vos recherches sur cet outil qu'est Internet. Je suis persuadée qu’il existe des sites où sont regroupées des photos ou des portraits de ma famille et de moi-même, et qu’un peu de recherche vous permettra de les trouver. Vous remarquerez cependant mon dernier portrait date d’un peu avant mon cinquantième anniversaire; je n’ai plus jamais posé ni pour des peintres, ni pour des photographes depuis. Je tiens à léguer au monde l’image de la belle impératrice, et non de la femme vieillissante et douloureuse que je suis devenue.

Amicalement,

Elisabeth