Caroline
écrit à




L'Impératrice Sissi






Votre belle-mère l'archiduchesse



Bonjour majesté,

Je suis très contente de pouvoir enfin vous écrire. J'ai lu votre biographie et je l'ai adorée. J'aime votre personnalité et je vous trouve très belle.

Votre belle-famille m'intéresse beaucoup et en particulier votre belle-mère Sophie. Je sais qu'elle n'a pas toujours été juste envers vous et qu'elle était trop sévère. Mais je crois qu'elle agissait ainsi parce qu'elle vous aimait, un peu maladroitement, à sa manière.

Si Votre Majesté me l'accorde, j'aimerais en apprendre d'avantage sur cette archiduchesse. Comment était-elle physiquement? Est-ce qu'elle est restée en forme toute sa vie? Faisiez-vous de l'équitation ensemble parfois? Savez-vous comment était sa relation avec votre beau-père? Ressemblait-elle à votre mari François-Joseph?

Je vous remercie d'avance pour toute l'attention que vous m'avez accordée.

Sincèrement,

Caroline

Chère Caroline,

Il est bien difficile de juger de la beauté et du charme d’une personne qui vous est nettement antipathique. J’ai tellement souffert par ma belle-mère que j’ai du mal, même plus de vingt ans après sa mort, à lui trouver des qualités. Je puis vous assurer que nous n’avons partagé aucune activité ensemble; ma belle-mère n’était définitivement pas adepte de l’équitation, et avait d’ailleurs pour principe de départ de mépriser et de détester tout ce qui pouvait un tant soit peu m’intéresser…

Je me dois cependant de reconnaître, en toute objectivité, que ma belle-mère était fort belle en sa jeunesse. Je le sais car, parmi toutes ses sœurs, seul son portrait figure dans la célèbre «Galerie des Beautés» de mon oncle feu le roi Louis Ier de Bavière. Mon oncle était grand amateur de beauté féminine, et il avait établi cette galerie, dans la Residenz de Munich, où le portrait de sa sœur Sophie figurait auprès de celui de l’épouse d’un savetier et de la fille d’un boucher… Lorsqu’on connaît l’attachement de ma belle-mère, par la suite, pour tout ce qui se rapportait aux rangs et à l’étiquette, l’image a quelque chose de savoureux! Franz n’a aucun trait Wittelsbach, il a les traits fortement Habsbourg -la fameuse «lippe» en moins- et ne ressemble donc guère à sa mère, bien qu’il fut un très beau jeune homme.

Ma belle-mère a épousé mon beau-père à l’âge de dix-neuf ans. Ce ne fut en aucun cas un mariage d’amour; c’était une union politique imposée par le Congrès de Vienne, et ce mariage se fit, paraît-il, au prix de bien des larmes. On dit que mon beau-père était plutôt brutal en sa jeunesse, et qu’elle fut fort malheureuse avant de finir par prendre sur lui l’ascendant qu’elle a conservé toute sa vie -y compris sur tout son entourage d’ailleurs. Tout comme moi, et elle a eu tendance à l’oublier par la suite, ce n’était d’abord qu’une jeune princesse bavaroise perdue dans une cour étrangère, ne connaissant personne et totalement ignorante des rigueurs de la vie à la cour de Vienne (bien que son beau-père, l’empereur François Ier, fut beaucoup moins à cheval sur l’étiquette qu’elle ne le fut elle-même plus tard). Elle se lia d’une tendre amitié avec un autre exilé, le duc de Reichstadt, fils de Napoléon. Ce fut, paraît-il, son seul et son plus cher ami, et peut-être peut-on expliquer par la disparition subite de ce grand ami le durcissement de son caractère par la suite.

Voilà, chère enfant, un peu de ce que je sais sur ma belle-mère. Ce ne sont pas là le fruit de ses confidences, comme vous pouvez vous en douter, mais plutôt d’informations qui, encore aujourd’hui, circulent à son sujet parmi les commères de Vienne. Elle a été aimée et respectée des courtisans, qui ne se privent pourtant pas de colporter des ragots même sur son compte, sur la paternité possible du duc de Reichstadt, par exemple, en ce qui concerne mon pauvre beau-frère Maximilien. S’ils peuvent à ce point ergoter sur quelqu’un qu’ils admiraient, imaginez un peu ce qu’ils peuvent colporter sur moi…

Amicalement,

Élisabeth